Ce que révèle ce rapport. Les violences sexuelles commises le 7 octobre 2023 et contre les otages en captivité étaient systématiques, généralisées et faisaient partie intégrante de la stratégie d’attaque du Hamas. La Commission identifie 13 schémas récurrents reproduits sur de multiples sites.
Pourquoi c’est important. Il s’agit du document le plus complet sur le sujet (302 pages, plus de 10 000 éléments visuels analysés), publié alors que le déni persiste dans plusieurs institutions internationales.
Deux ans d’enquête, treize schémas de violence
La Commission civile sur les crimes du 7 octobre, dirigée par la juriste en droit international Cochav Elkayam-Levy (Penn Law, Université Hébraïque), a remis son rapport le 12 mai 2026 après deux années d’investigation. La Commission bénéficie du soutien de personnalités internationales, dont Hillary Clinton et Alice Nderitu, ancienne conseillère spéciale de l’ONU pour la prévention du génocide. L’enquête s’appuie sur plus de 10 000 photographies et vidéos, 430 entretiens et témoignages, et 1 800 heures d’analyse, le tout croisé avec les rapports de l’ONU, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de Physicians for Human Rights Israel.
La conclusion centrale du rapport est formulée sans ambiguïté : « À l’issue d’une enquête indépendante de deux ans, la Commission conclut que les violences sexuelles et de genre étaient systématiques, généralisées et faisaient partie intégrante des attaques du 7 octobre et de leurs suites » (“Following a two-year independent investigation, the Civil Commission concludes that sexual and gender-based violence was systematic, widespread, and integral to the October 7th attacks and their aftermath”).
Le rapport identifie 13 schémas récurrents de violences sexuelles et de genre sur plusieurs sites géographiques distincts : le festival Nova, les kibboutzim de Be’eri, Nir Oz et Kfar Aza, et la base militaire de Nahal Oz. Ces violences incluent viols, viols collectifs, mutilations génitales, nudité forcée et violences sexuelles post-mortem. Au festival Nova, 396 personnes ont été tuées et 44 enlevées sur environ 3 400 participants. Les premiers intervenants décrivent des corps de femmes retrouvés dans des positions indiquant des agressions sexuelles. Au total, 336 femmes et filles de 52 nationalités ont été assassinées ce jour-là.
« Elle est allongée sur le dos, les jambes écartées… ils l’ont violée, égorgée, et aussi mutilée ? Que peut-on faire de plus à quelqu’un ? »
— Témoignage d’un premier intervenant au festival Nova, rapporté dans Silenced No More
Le rapport documente également les violences systématiques subies par les otages en captivité. Sur les 92 femmes et filles prises en otage, 80 ont été libérées et 7 assassinées. Les témoignages recueillis décrivent des agressions répétées, viols, nudité forcée et menaces sexuelles. Une otage a été détenue environ 482 jours et soumise à des agressions répétées. Romi Gonen, l’une des survivantes, témoigne : « Ils m’ont amenée dans une pièce. À l’entrée, deux hommes se tenaient debout avec des armes… L’un d’eux a simplement commencé à découper tous mes vêtements. » Les hommes et les enfants ne sont pas épargnés : le rapport documente des violences sexuelles contre des otages masculins et des mineurs.
Le déni comme fait documenté
Le rapport ne se limite pas aux violences elles-mêmes. Il consacre une partie substantielle au déni institutionnel qui a suivi. La Commission dénonce « la réduction au silence des témoignages, la politisation des violences sexuelles, l’inversion grotesque dans laquelle les auteurs sont valorisés et les survivantes réduites au silence par la honte » (“silencing of testimony, politicization of sexual violence, grotesque inversion in which perpetrators are valorized and survivors shamed into silence”). Le Hamas nie systématiquement toute violence sexuelle. En novembre 2025, Reem Alsalem, rapporteuse spéciale de l’ONU, niait encore les viols. ONU Femmes a attendu deux mois avant de réagir, sans nommer le Hamas, puis a supprimé sa propre publication. Amnesty International et la National Organization for Women n’ont pas pris position.
« Les atrocités ne commencent pas avec la machinerie du meurtre. Elles commencent avec la machinerie de l’indifférence, du déni et de l’impunité. »
— Silenced No More, conclusions
Le rapport formule plusieurs recommandations : la création d’un tribunal international dédié aux violences sexuelles en conflit, la possibilité pour chaque pays de poursuivre les auteurs sur son propre sol, et un système de partage de preuves entre États. Il préconise une approche de la justice centrée sur les survivantes. Ce document de 302 pages constitue désormais la base documentaire la plus étoffée sur les violences sexuelles du 7 octobre, là où le rapport Pramila Patten de l’ONU, publié en mars 2024, comptait 24 pages.




