Parcours
Matthieu Pigasse : la contestation comme stratégie de pouvoir
Une fois actionnaire, Matthieu Pigasse n’a jamais eu besoin de réorienter la ligne éditoriale du Monde. On ne réoriente pas un journal qui pense déjà comme vous. Quand il a cédé ses parts en 2022, ce n’était pas un geste de désintéressement. Il avait emprunté auprès de la BPCE (Banque populaire-Caisse d’épargne) pour financer son entrée au capital, douze ans plus tôt. Quand la banque a exigé le remboursement, il a dû céder l’essentiel de ses parts à Xavier Niel. Le mécène de la presse libre avait financé son rêve de patron de presse à crédit. Le groupe Combat reste le bras armé. « Mettre ses médias dans le combat » n’est pas un lapsus. C’est un programme.
Quand la pression monte, Pigasse utilise son bouclier : le vocabulaire progressiste. On lui reproche la nomination de sa compagne sans qualification à la tête de ses médias : il dénonce du « sexisme » et du « mépris de classe » sur France Culture. Il programme Freeze Corleone aux Eurockéennes, le rappeur qui chante « j’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 ». Quand le préfet interdit le concert, il dénonce une « atteinte à la liberté d’expression ».
Sur Nova, il recrute Guillaume Meurice, licencié de France Inter pour avoir qualifié Benyamin Netanyahou de « sorte de nazi mais sans prépuce ». Sur France Culture : « Rien ne m’est plus étranger que l’antisémitisme. » Le mécanisme est invariable, c’en devient lassant.
Les sites pigasse2027.fr et avecpigasse2027.fr sont déjà enregistrés. Sur France Inter, en janvier 2026 : « Je veux peser le plus possible sur la présidentielle de 2027. » Matthieu Pigasse projette une chaîne TNT de gauche avec Fabien Gay, sénateur communiste et patron de L’Humanité, qu’il décrit sans ironie comme « une vraie rencontre entre un multimillionnaire et un communiste ». Un proche rapporte qu’il aurait confié à Alain Minc, ancien conseiller de plusieurs présidents : « Un jour, je serai président de la République. »
- Se servir, jamais servir. Chaque étape du parcours « contestataire » correspond à ce que ferait un ambitieux classique de la haute fonction publique, les slogans en prime. Quand Pigasse lance « Oui à la taxe Zucman ! Je paierai cette taxe », il dit aussi qu’il possède une grande fortune. Quand il reconnaît avoir « profité du ruissellement qui a favorisé les riches », l’aveu passe pour un engagement. Le banquier Philippe Villin, ancien de Lazard, l’accuse de ne « guère payer d’impôt en France ». Pigasse corrige : « la très large majorité » de ses revenus est imposée en France. Chacun interprétera la notion de très large majorité.
- L’émancipation comme arme de domination. Matthieu Pigasse a bâti un système où chaque critique se retourne contre celui qui la formule. On l’accuse de népotisme, il répond sexisme. On pointe sa complaisance avec l’antisémitisme, il invoque la liberté d’expression. On dénonce son instrumentalisation des médias, il crie au mépris de classe. Pigasse ne combat pas le pouvoir. Il l’exerce, avec les mots de ceux qui le combattent.



