Matthieu Pigasse, la gauche les poches pleines


Matthieu Pigasse, banquier Lazard et propriétaire de médias, portrait de l'homme qui veut peser sur 2027

Parcours

1994-2002Sciences Po, École nationale d’administration (ENA), direction du Trésor, conseiller de Dominique Strauss-Kahn à Bercy puis de Laurent Fabius. Matthieu Pigasse apprend à maîtriser chaque rouage de l’appareil d’état. Le rebelle anti-système est un pur produit de la machine.

2002-2019Lazard. Directeur général mondial des fusions-acquisitions, puis PDG France. Pigasse restructure la dette de l’Argentine (défaut de 100 milliards de dollars), de la Grèce (décote de 53,5 % sur environ 200 milliards d’euros), de l’Irak, de l’Ukraine. Fortune personnelle : plusieurs centaines de millions d’euros. Un accord Lazard-Bercy de 2005 permet aux associés gérants de ne déclarer qu’un quart de leurs revenus en France, le reste transitant par une holding bermudienne. Il milite pourtant pour la taxe Zucman sur les ultra-riches.

2009-2016Les Inrockuptibles (2009), Radio Nova (2015), actionnaire du Monde avec Xavier Niel et Pierre Bergé (2010-2022), Mediawan (250 millions d’euros levés en 2016). Son groupe Combat réunit Nova, les Inrocks et le HuffPost France. Aux Inrocks, ses idéaux de gauche n’empêchent pas les effectifs de passer d’environ 70 à moins de 10 journalistes. Et puis investir à pertes dans un média, c’est acheter une ligne éditoriale.

2019Jeune Afrique révèle une visite discrète de Matthieu Pigasse au Gabon avec Strauss-Kahn pour du lobbying auprès du régime Bongo. La dynastie Bongo dirige alors le Gabon depuis 1967 : plus d’un demi-siècle de pouvoir héréditaire, élections contestées, opposition muselée, richesses pétrolières accaparées. Le progressiste qui conseille les dictateurs.

Janvier 2025L’aveu. À Libération : « Je veux mettre les médias que je contrôle dans ce combat. » Un an plus tard, à La Libre Belgique : « Je n’interviens jamais dans l’éditorial des médias que je contrôle. » L’une des deux phrases est un mensonge. À moins que ce ne soit le « en même temps » pigassien.

2025-2026Nomination de Wassila Meddas, 31 ans, sa compagne, sans expérience dans les médias, directrice des marques du groupe Combat par simple email. Quand Libération enquête sur un management décrit comme « brutal, humiliant et autoritaire » par les salariés, Pigasse envoie des SMS à la direction du journal pour bloquer l’article. Puis tente de faire publier une publicité anti-Libération dans les pages de Libération. Le champion de la presse libre qui muselle la presse.

Matthieu Pigasse : la contestation comme stratégie de pouvoir

Une fois actionnaire, Matthieu Pigasse n’a jamais eu besoin de réorienter la ligne éditoriale du Monde. On ne réoriente pas un journal qui pense déjà comme vous. Quand il a cédé ses parts en 2022, ce n’était pas un geste de désintéressement. Il avait emprunté auprès de la BPCE (Banque populaire-Caisse d’épargne) pour financer son entrée au capital, douze ans plus tôt. Quand la banque a exigé le remboursement, il a dû céder l’essentiel de ses parts à Xavier Niel. Le mécène de la presse libre avait financé son rêve de patron de presse à crédit. Le groupe Combat reste le bras armé. « Mettre ses médias dans le combat » n’est pas un lapsus. C’est un programme.

Quand la pression monte, Pigasse utilise son bouclier : le vocabulaire progressiste. On lui reproche la nomination de sa compagne sans qualification à la tête de ses médias : il dénonce du « sexisme » et du « mépris de classe » sur France Culture. Il programme Freeze Corleone aux Eurockéennes, le rappeur qui chante « j’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 ». Quand le préfet interdit le concert, il dénonce une « atteinte à la liberté d’expression ».

Sur Nova, il recrute Guillaume Meurice, licencié de France Inter pour avoir qualifié Benyamin Netanyahou de « sorte de nazi mais sans prépuce ». Sur France Culture : « Rien ne m’est plus étranger que l’antisémitisme. » Le mécanisme est invariable, c’en devient lassant.

Les sites pigasse2027.fr et avecpigasse2027.fr sont déjà enregistrés. Sur France Inter, en janvier 2026 : « Je veux peser le plus possible sur la présidentielle de 2027. » Matthieu Pigasse projette une chaîne TNT de gauche avec Fabien Gay, sénateur communiste et patron de L’Humanité, qu’il décrit sans ironie comme « une vraie rencontre entre un multimillionnaire et un communiste ». Un proche rapporte qu’il aurait confié à Alain Minc, ancien conseiller de plusieurs présidents : « Un jour, je serai président de la République. »

  • Se servir, jamais servir. Chaque étape du parcours « contestataire » correspond à ce que ferait un ambitieux classique de la haute fonction publique, les slogans en prime. Quand Pigasse lance « Oui à la taxe Zucman ! Je paierai cette taxe », il dit aussi qu’il possède une grande fortune. Quand il reconnaît avoir « profité du ruissellement qui a favorisé les riches », l’aveu passe pour un engagement. Le banquier Philippe Villin, ancien de Lazard, l’accuse de ne « guère payer d’impôt en France ». Pigasse corrige : « la très large majorité » de ses revenus est imposée en France. Chacun interprétera la notion de très large majorité.
  • L’émancipation comme arme de domination. Matthieu Pigasse a bâti un système où chaque critique se retourne contre celui qui la formule. On l’accuse de népotisme, il répond sexisme. On pointe sa complaisance avec l’antisémitisme, il invoque la liberté d’expression. On dénonce son instrumentalisation des médias, il crie au mépris de classe. Pigasse ne combat pas le pouvoir. Il l’exerce, avec les mots de ceux qui le combattent.
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