Fin de vie : aider à vivre, pas à mourir

L’essentiel en 1 min

Couloir d'hôpital vide symbolisant le manque de soins palliatifs en France

Les faits. Le 11 mai 2026, le Sénat rejette par 151 voix contre 118 l’article 2 du texte Falorni créant un « droit à l’aide à mourir ». Le même jour, il adopte définitivement à 325 voix contre 18 la loi sur les soins palliatifs d’Annie Vidal.

L’idée implicite. Le Sénat « bloque » le progrès sur la fin de vie.

Notre décryptage. Le progrès a été voté à la quasi-unanimité dans un silence assourdissant.

BFMTV titre « blocage ». Le Huffington Post, « sabordage ». L’unanimité est médiatique avant d’être politique. 151 sénateurs votent contre un article, c’est l’événement du jour. 325 sénateurs votent pour une loi, c’est une brève en bas de page. Qualifier un vote parlementaire de « sabordage », c’est poser que le Sénat n’avait qu’un rôle : ratifier. Pas délibérer.

C’est pourtant la loi sur les soins palliatifs qui changera concrètement la fin de vie des Français. 19 départements n’ont aucune unité de soins palliatifs (USP). Deux tiers des patients éligibles n’y ont pas accès, or d’ici 2035, 440 000 personnes en auront besoin chaque année. La loi votée prévoit 100 millions d’euros dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026, une USP par département d’ici 2030, et 300 postes universitaires. Aucun journal télévisé n’a ouvert là-dessus.

Soins palliatifs : le droit qui n’existe pas encore

La loi Claeys-Leonetti de 2016 créait un droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès pour les patients dont la douleur ne répond plus à aucun traitement. Dix ans plus tard, seuls 0,9 % des malades éligibles y ont recours. Les patients ne connaissent pas ce droit. Les médecins ne le maîtrisent pas. La sédation est quasi impossible à domicile. La France n’a pas manqué de droits pour ses mourants. Elle a manqué de lits, de soignants et de formation pour les rendre réels.

Faut-il créer un droit à mourir quand le droit à ne pas souffrir n’est toujours pas garanti ? Le Sénat a répondu : aider à vivre d’abord. Le rôle d’une société n’est pas d’offrir la mort comme palliatif à l’absence de soins. C’est de garantir que personne ne souffre faute de moyens.

« Le texte issu de l’Assemblée nationale confond compassion et geste létal, présente la suppression du patient comme réponse à la suppression de la souffrance. »

Christine Bonfanti-Dossat, rapporteure LR au Sénat

Ce que disent les pays qui ont dit oui

La Belgique a légalisé l’euthanasie en 2002 pour les adultes en phase terminale. En 20 ans, le nombre d’euthanasies a été multiplié par 17 : de 236 à 3 991 par an. En 2014, extension aux mineurs sans limite d’âge. En 2024, un cinquième des euthanasies concernait des patients dont le décès n’était pas attendu à brève échéance.

Aux Pays-Bas, l’euthanasie représente 5,9 % de l’ensemble des décès. Les euthanasies pour troubles psychiatriques ont bondi de 59 % en un an. Depuis février 2024, les enfants de 1 à 12 ans peuvent être euthanasiés, par décision gouvernementale, sans vote parlementaire.

Le Canada est le cas le plus documenté. Depuis 2016, 76 475 personnes ont reçu l’aide médicale à mourir (AMM). Depuis 2021, il n’est plus nécessaire d’être en fin de vie pour y recourir. Des patients ont demandé l’AMM faute de logement accessible ou de soins psychiatriques. Un médecin de rue a témoigné devant le Sénat canadien : « L’AMM peut être arrangée en deux semaines, mais il faut des années pour loger les gens et des mois pour obtenir un traitement. » Les plus pauvres représentent 28 % des bénéficiaires non terminaux, contre 20 % dans la population générale. Quand mourir est plus accessible que se soigner, le « libre choix » devient une fiction sociale.

Theo Boer, professeur d’éthique à l’université de Groningue et ancien membre du comité de contrôle néerlandais pendant neuf ans, résume : « J’ai cru qu’un cadre rigoureux pouvait prévenir les dérives. Nous avions tort. Chaque ouverture crée de nouvelles demandes, une nouvelle normalité. » La dérive n’est pas toujours législative. Elle est parfois simplement humaine.

Bruno Retailleau a formulé la remarque la plus pertinente : « Le risque, c’est qu’il devienne demain plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin. » 19 départements sans USP. Deux tiers des patients sans soins palliatifs. Ce n’est plus un risque. C’est déjà la réalité française. Le Sénat a voté deux textes le même jour. L’un, à 325 voix, finance des lits pour les mourants. L’autre créait un droit de ne plus en avoir besoin. Les rédactions ont choisi lequel méritait un titre.

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