Les faits. Entre le 2 et le 14 mars 2026, 137 incidents antisémites ont été documentés dans le monde selon le Centre for Antisemitism Monitoring et Ynet. Cinq synagogues ont été visées par des attaques physiques au Canada, en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Deux complots ont été déjoués en Norvège et en Allemagne.
L’idée implicite. Chaque attentat est traité comme un fait divers isolé, local, déconnecté du suivant. Les autorités condamnent, renforcent la sécurité, débloquent des fonds. Et la séquence recommence.
Notre décryptage. Ce recensement ne cherche pas à expliquer. Il aligne les faits, pays par pays, jour après jour. L’accumulation est l’argument.
137 incidents en sept jours. Le chiffre, compilé par le Centre for Antisemitism Monitoring, ne distingue pas entre un tag sur une grille d’université et une voiture-bélier lancée contre une synagogue où 140 enfants sont en garderie. Il faudrait pourtant distinguer. Parce que cette semaine-là, ce ne sont pas des murs qui ont été visés. Ce sont des lieux de culte, des fidèles, des enfants.
Voici ce qui s’est passé.
De Toronto à Rotterdam, géographie des actes antisémites
Le Canada ouvre la séquence. Entre le 2 et le 7 mars, trois synagogues de Toronto sont criblées de balles en cinq jours. Le Temple Emanu-El d’abord, touché dans la nuit du 2 au 3 mars alors que des fidèles célébraient Pourim à l’intérieur. Puis Beth Avraham Yoseph et Shaarei Shomayim, visées les 6 et 7 mars pendant Shabbat. Aucun blessé. Aucune arrestation à la fin de la semaine. À Montréal, des croix gammées apparaissent sur trois commerces juifs. Des tags « F*ck Israel » recouvrent les grilles de l’Université McGill.
La Belgique prend le relais le 9 mars. Avant l’aube, un engin incendiaire explose contre la synagogue de Liège. Les vitres sont soufflées, les façades voisines endommagées. Personne n’est blessé. Une revendication vidéo est diffusée par le groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyyah, organisation jihadiste pro-iranienne. La police fédérale antiterroriste reprend l’enquête. Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin qualifie l’attaque d’« acte antisémite méprisable ». L’Union européenne condamne.
Trois jours plus tard, le 12 mars, c’est le Michigan aux USA qui est touché. Ayman Mohamad Ghazali, citoyen américain de 41 ans d’origine libanaise, lance son pick-up contre le Temple Israel de West Bloomfield, l’une des plus grandes synagogues réformées des États-Unis. Le véhicule enfonce les portes. Un incendie se déclare. Ghazali, armé d’un fusil, est abattu par les agents de sécurité. Un garde est blessé. Dans le bâtiment, 140 enfants étaient présents dans la garderie. Tous indemnes. Le même jour en Californie, à San Jose, deux hommes juifs sont agressés physiquement dans un restaurant après avoir parlé hébreu. Leurs agresseurs crient « Ne touchez pas à l’Iran » selon le Jewish Telegraphic Agency.
Le lendemain, Rotterdam. Une explosion souffle l’entrée de la synagogue ABN Davidsplein. Aucun blessé. Quatre jeunes de 14 à 19 ans, originaires de Tilburg, sont arrêtés après l’interception de leur véhicule près d’une seconde synagogue. La police ne peut exclure qu’ils visaient une deuxième cible. La revendication porte la signature du même groupe jihadiste qu’à Liège. La maire Carola Schouten et le ministre de la Justice David van Weel condamnent. À Amsterdam, des autocollants antisémites apparaissent dans les espaces publics.
La Norvège complète le tableau. Durant la même semaine, trois individus sont arrêtés à Oslo avec des armes illégales et du matériel explosif à proximité de la Grande Synagogue. À Trondheim, un suspect est interpellé après une course-poursuite près d’une synagogue ; un second est en fuite. Les services de sécurité norvégiens passent en alerte.
En Allemagne, le parquet fédéral coordonne le démantèlement d’un réseau du Hamas qui planifiait des attaques contre des cibles juives en Europe. Chypre arrête un suspect en possession de 300 cartouches. Un Yéménite est interpellé à Munich pour des jets de pierres contre le consulat israélien.
Au Royaume-Uni, le registre est différent mais la cible identique. Le 5 mars à Norwich, lors d’un match scolaire de football, les spectateurs insultent les joueurs de la Jewish Free School de Londres. Les chants, rapportés par la BBC : « Sales Juifs », « Retournez dans les chambres à gaz ». Un joueur métis est visé par des insultes raciales et antisémites combinées. La police du Norfolk ouvre une enquête pour crime de haine.
À Londres, quatre individus sont arrêtés pour espionnage de sites juifs au profit de l’Iran. Un producteur juif est poussé devant une voiture. Des chants « Khaybar ya Yahoud », référence à un massacre de Juifs au VIIe siècle, résonnent lors de manifestations. En France, les organisations de veille recensent l’agression d’une adolescente juive en banlieue parisienne, le vandalisme d’un restaurant casher et du harcèlement verbal dans un supermarché.
Explosifs, balles, poings : anatomie des actes
Le fait saillant de cette semaine n’est pas le nombre d’incidents. C’est leur nature. On ne parle pas de graffitis ou de propos en ligne. On parle d’engins incendiaires à Liège, de tirs d’armes à feu à Toronto, d’une voiture-bélier au Michigan, d’explosifs à Rotterdam, d’arsenaux saisis à Oslo et Trondheim. La synagogue, lieu de culte et de rassemblement communautaire, est dans chaque cas la cible primaire. Le symbole le plus visible de la présence juive dans l’espace public occidental.
Deux profils d’auteurs se dessinent. D’un côté, des réseaux organisés revendiquant une idéologie jihadiste : le groupe pro-iranien qui signe les attaques de Liège et Rotterdam, le réseau du Hamas démantelé en Allemagne, les espions de sites juifs arrêtés à Londres. De l’autre, des individus isolés ou de petits groupes : Ghazali au Michigan, les quatre adolescents de Tilburg, les agresseurs de San Jose, les spectateurs de Norwich.
Les réponses institutionnelles suivent un schéma désormais codifié. Condamnation verbale : « méprisable » en Belgique, « intolérable » aux Pays-Bas, « criminel » au Canada. Renforcement sécuritaire : surveillance des sites juifs en Belgique, périmètre bouclé en Norvège. Enveloppe financière : 10 millions de dollars à Ottawa. Enquêtes ouvertes : police antiterroriste belge, FBI américain, parquet fédéral allemand, police du Norfolk. Le cycle est rodé.
Le cycle est rodé, et les synagogues continuent de brûler.


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