Les faits. Le baromètre Ancoris-SCET de mars 2026 recense 1 305 projets d’implantation en France en 2025, soit une baisse de 18 % par rapport à 2024. Les projets industriels reculent de 10 %, la logistique de 26 %. C’est le niveau le plus bas depuis la pandémie.
L’idée implicite. Emmanuel Macron aurait transformé la France en terre d’accueil des investisseurs. Huit éditions de Choose France à Versailles, 87,7 milliards d’euros d’annonces cumulées, la première place européenne pour les IDE (investissements directs étrangers) selon le cabinet EY (Ernst & Young) : le récit officiel veut que la méthode fonctionne.
Notre décryptage. Les chiffres réels racontent l’inverse. La stratégie d’attractivité macroniste repose sur le marketing, pas sur la compétitivité. Quand l’instabilité politique dissipe le vernis, il ne reste que des coûts trop élevés, une dette qui explose et des investisseurs qui partent voir ailleurs.
On l’appelait le Mozart de la finance. Associé-gérant chez Rothschild à 32 ans, puis ministre de l’Économie, puis président, Emmanuel Macron a bâti son image sur une promesse : faire de la France le pays le plus attractif d’Europe. Versailles comme vitrine. Les PDG du monde entier comme public. Les milliards d’annonces comme partition. La formule circule désormais de Bercy aux éditoriaux : « Le Mozart de la finance joue son requiem. »
Le requiem a ses chiffres. Le baromètre EY 2024 maintient la France au premier rang européen pour les investissements directs étrangers, mais avec 1 025 projets, en recul de 14 %. Les emplois créés par ces IDE s’effondrent de 27 %. Et le ratio est dévastateur : 30 emplois par projet en France, contre 125 en Espagne, 102 en Pologne, 48 au Royaume-Uni ou en Allemagne. La France attire des sièges sociaux et des centres de décision. Les usines, les lignes de production, les emplois réels vont ailleurs.
Versailles ou le mirage des annonces
Le décalage entre la communication et la réalité est le vice originel du modèle. Les 87,7 milliards d’euros de Choose France sont des intentions d’investissement pluriannuelles, pas des projets réalisés. L’Élysée reconnaît 11 abandons sur 178 projets annoncés. Mais le chiffre pertinent n’est pas celui des abandons : c’est celui des réalisations effectivement constatées, rapportées aux moyens déployés pour les obtenir. Et sur ce terrain, le baromètre Ancoris-SCET est sans appel : 1 305 implantations en 2025, au plus bas depuis le Covid.
Yannick Musseta, directeur du développement chez Ancoris, identifie le mécanisme : « L’instabilité politique et l’absence de gouvernement stable ont affecté la confiance des entreprises. On observe un effet de stop and go dans leurs demandes à chaque changement de Premier ministre et avant le vote du budget. » Cinq premiers ministres en deux ans. La dissolution de juin 2024 comme détonateur.
Les investisseurs américains ont tiré les conclusions. Selon le sondage AmCham/Bain de février 2026, l’opinion positive des dirigeants américains sur la France est passée de 64 % en 2022 à 30 %. Le Net Promoter Score, l’indicateur qui mesure la propension des investisseurs à recommander un pays, s’établit à -36. Et 77 % ne font pas confiance au gouvernement français pour mener les réformes structurelles nécessaires. Marc-André Kamel, associé chez Bain & Company, résume : « On a effacé dix ans d’amélioration de notre attractivité. »
Dix ans. Le temps qu’il a fallu pour construire une image, balayée par une décision politique impulsive. L’OFCE estime que la dissolution a coûté 0,5 point de croissance, soit 15 milliards d’euros. Le sondage EY d’octobre 2024 confirme : 50 % des investisseurs étrangers ont réduit leurs projets en France, 55 % jugent l’attractivité dégradée, 61 % imputent ce recul à l’incertitude politique.
L’Espagne offre un contraste instructif. Avec un coût du travail de 25,88 euros de l’heure contre 44,37 euros en France (données Eurostat), elle attire 125 emplois par projet IDE contre 30 pour la France. Madrid n’organise pas de sommets à Versailles. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy (Parti populaire) a réformé son marché du travail en 2012, réduit ses charges sociales, stabilisé son cadre fiscal. La compétitivité espagnole ne repose pas sur le storytelling : elle repose sur les prix.
La dette comme juge de paix
Depuis 2018, le spectacle de Versailles avait une fonction précise : masquer l’absence de réformes structurelles. Le coût du travail français, à 44,37 euros de l’heure, reste parmi les plus élevés d’Europe. La fiscalité n’a pas été simplifiée. La dette, elle, a explosé. Fitch, dans sa note du 7 mars 2026, maintient la France à A+, après l’avoir dégradée en septembre 2025. Le déficit atteint 5,4 % du PIB. Les intérêts de la dette sont passés de 30 milliards d’euros en 2020 à 65 milliards en 2025. L’agence prévient : « Peu de marge pour une consolidation budgétaire rapide avant la présidentielle 2027. »
Le marché des fusions-acquisitions confirme le décrochage. Alors que l’Europe affiche une hausse de 13,6 % en valeur et de 16,2 % en volume au premier semestre 2025, la France reste à la traîne. L’investissement des entreprises, corrélé négativement à l’incertitude politique depuis le troisième trimestre 2024 selon la Direction générale du Trésor, ne repart pas. Les entreprises ne gèlent pas leurs projets par caprice : elles fuient un environnement où le cadre fiscal peut changer à chaque motion de censure.
« La France cherche à taxer un maximum les entreprises et donc crée du chômage. »
Bernard Arnault, PDG de LVMH, présentation des résultats annuels du groupe, 27 janvier 2026
Le diagnostic est sans appel. Business France recense 1 878 décisions d’investissement en 2025, un retour au niveau de 2023, pas une progression. La France conserve des atouts structurels réels : son parc nucléaire, ses infrastructures, sa position géographique. Des atouts dont Macron a hérités, mais qu’il n’a pas fait fructifier. Le contexte européen est défavorable, avec une baisse de 5 % des IDE sur le continent. Tout cela est vrai. Tout cela est insuffisant pour expliquer un décrochage de cette ampleur.
Le problème n’est pas conjoncturel. Il est logique. Un modèle d’attractivité fondé sur la communication présidentielle s’effondre quand la crédibilité présidentielle s’effondre. Un pays qui attire les investisseurs par des sommets et des annonces les perd quand les annonces ne se traduisent plus en stabilité. Macron a traité l’attractivité comme un problème d’image. C’était un problème de structure.
Huit ans de Choose France, cinq premiers ministres en deux ans, 65 milliards d’intérêts annuels sur la dette, et 30 emplois par projet là où l’Espagne en crée 125. Le Mozart de la finance n’a pas raté une note : il jouait du pipeau.


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