La longue tradition de l’antisémitisme d’état chinois

L’essentiel en 1 min

Carte Baidu Maps où le nom Israël a disparu, symbole des relations Chine Israël

Israël n’apparaît plus sur Baidu Maps depuis 2021. 1,4 milliard de Chinois consultent une carte du monde où l’État juif a été rayé. Cet effacement prolonge un pacte scellé à Bandung il y a soixante-dix ans, jamais démenti.

Les faits. Sur Baidu Maps et Amap, qui dominent la cartographie chinoise, le nom « Israël » a disparu en mai 2021. Les frontières restent tracées, Jérusalem et Tel-Aviv apparaissent. Seul le nom du pays manque. Pékin maintient pourtant ses relations diplomatiques et 22,7 milliards de dollars d’échanges en 2024.

L’idée implicite. Manque de place, détail technique, négligence privée. La Chine resterait un partenaire commercial sérieux, sa diplomatie « équilibrée » offrant une alternative pacifique au monopole américain.

Notre décryptage. Pékin a scellé son alliance contre Israël à Bandung en avril 1955 et ne l’a jamais rompue. La reconnaissance d’Israël en 1992 fut une transaction technologique post-Tiananmen. L’effacement numérique prolonge une politique d’État continue, sous-traitée aux plateformes pour préserver le carnet officiel.

Chypre figure sur la carte. Le Liban et le Koweït aussi. Israël seul manque à l’appel. Voilà ce que voient 1,4 milliard de Chinois depuis cinq ans. Baidu plaide : « Quand l’espace est limité, nos cartes peuvent ne pas afficher les noms ou drapeaux de certains territoires. » L’excuse ne tient pas. L’histoire récente des relations Chine-Israël montre que rien dans cette disparition ne tient du hasard.

Chine-Israël : le pacte de Bandung n’a jamais expiré

Avril 1955. Zhou Enlai, Nasser, Soekarno et Nehru réunissent vingt-neuf délégations afro-asiatiques. Israël demande à participer. Zhou consulte Nasser et Ahmad Shuqayri, futur premier président de l’OLP, puis bloque l’invitation. La résolution finale exige le retrait d’Israël aux frontières du plan de partage de 1947. Zhou énonce la doctrine qui fixera le cadre Chine-Israël pour les décennies suivantes.

« Il existe un parallèle entre les problèmes de la Palestine et de Formose. Aucun ne peut être résolu pacifiquement tant que l’intervention de forces extérieures n’est pas exclue. La Chine souffre du même problème que les pays arabes. »

Zhou Enlai, conférence de Bandung, avril 1955

Israël devient un Taïwan, poste avancé occidental à neutraliser. Soixante-dix ans plus tard, les deux États prospèrent et leurs réussites démentent Bandung. Pékin ne le pardonne à aucun des deux. La Chine maoïste arme et forme l’OLP. Mars 1970 : Arafat, à Pékin, reconnaît que « la Chine fut la première puissance extérieure à apporter une aide réelle au Fatah ». Une ambassade palestinienne ouvre dans la capitale dès 1974, dix-huit ans avant toute relation Chine-Israël.

Janvier 1992, Pékin reconnaît officiellement Israël. Le pacte tient. Deng Xiaoping veut les semi-conducteurs israéliens pour contourner l’embargo post-Tiananmen. « Peu importe que le chat soit noir ou blanc. » Pékin reconnaît Israël et l’OLP le même mois : la normalisation Chine-Israël n’est qu’une transaction technologique, jamais un revirement doctrinal. La ligne reste.

Chine-Israël : la duplicité comme signature

2023 ramène le pacte à découvert. En juin, Xi reçoit Mahmoud Abbas et signe un partenariat stratégique, en échange de l’aval palestinien sur la répression des musulmans Ouïghours au Xinjiang. Après le 7 octobre, Wang Yi refuse de qualifier le Hamas de terroriste. En juillet 2024, Mousa Abou Marzouk signe à Pékin la Déclaration Hamas-Fatah, six mois après le veto sino-russe à la résolution onusienne sur Gaza. La façade Chine-Israël continue de masquer la même hostilité de fond.

Les chancelleries voient un État reconnu pour donner le change mais Weibo laisse prospérer le commentaire « Hitler avait compris les Juifs » et le hashtag « 3 % de la population américaine, 70 % de la richesse », relayé par CCTV. La même machine de censure efface en quelques heures toute allusion à Tiananmen ou aux Ouïghours. Ce flot, elle le laisse intact. Elle est complice.

L’Europe rêve d’une troisième voie entre Washington et Pékin. Elle se trompe d’adversaire. La Chine a choisi son camp à Bandung, celui des régimes qui n’admettent pas qu’Israël existe. Le reste est mise en scène pour les naïfs.

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