Quand le recteur de la Grande Mosquée juge le menu des Français

L’essentiel en 1 min

Façade de la Grande Mosquée de Paris, siège du recteur Chems-Eddine Hafiz

Les faits. Le 29 avril 2026, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, publie une vidéo dénonçant le Canon français, société d’événementiel qui organise depuis 2021 des banquets gastronomiques au cochon à la broche. Motif : « exclure symboliquement ceux qui ne ressemblent pas ».

L’idée implicite. Manger du porc entre Français dans un cadre privé serait un acte d’exclusion. La tolérance exigerait de s’abstenir.

Notre décryptage. Hafiz ne défend pas des musulmans « exclus ». Il transforme un interdit religieux privé en norme publique. Et le messager n’est pas un simple dignitaire religieux : c’est un relais documenté du régime algérien.

« Un banquet où l’on chante à la gloire d’une figure politique en excluant symboliquement ceux qui ne ressemblent pas. » Hafiz ne murmure pas cette phrase dans un prêche confidentiel. Il la publie en vidéo, face caméra, avec l’assurance d’un procureur. La Grande Mosquée de Paris, par la voix de son recteur, accuse ainsi 4 150 Français réunis à Caen le 18 avril pour manger du cochon, du fromage et chanter. Le chef d’accusation : avoir mangé ce qu’ils voulaient sans demander la permission.

L’interdit privé devenu norme collective

Le Canon français est une entreprise privée. Billet à 79,99 euros, libre adhésion, aucun financement public. Plus de 100 000 convives en quatre ans, des cochons à la broche, de la charcuterie, du vin. Personne n’y est contraint. Personne n’en est exclu : on y entre en payant, pas en présentant un certificat ethnique ou religieux.

« Il est en train de nous dire qu’en France, si vous vous retrouvez pour manger un bout de cochon, vous excluez ceux qui n’en mangent pas. Mais attendez, on est quand même dans le délire. »

Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, Sud Radio, 5 mai 2026

En 2015, Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, avait supprimé les menus de substitution dans les cantines scolaires de sa ville. La cour d’appel de Lyon l’avait retoqué en 2019 : la cantine relève du service public, l’accommodation y est obligatoire. Mais un banquet privé n’est pas une cantine. En étendant la logique d’accommodation religieuse à l’espace festif privé, le recteur de la Grande Mosquée de Paris franchit un seuil qualitatif. La logique ne se limite plus à « ne m’obligez pas à en manger ». Elle exige désormais « n’en mangez pas devant moi ».

La Grande Mosquée de Paris, relais du régime algérien

Hafiz n’est pas un imam isolé qui s’exprime à titre personnel. Il préside une institution adossée au régime de Tebboune. Le monopole de la certification halal, imposé par l’État algérien, rapporte selon L’Opinion environ 5 millions d’euros annuels à la mosquée. Chaque été, l’institution envoie des centaines d’enfants en colonie de vacances en Algérie — 900 en 2023, 2 000 en 2024-2025. Hafiz a siégé au comité de soutien à la réélection de Tebboune et reçu en grande pompe Rima Hassan, députée LFI, saluée comme une femme qui « force le respect ».

Le quotidien Le360 le décrit sans détour comme « un agent d’influence de Tebboune ». Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert des enquêtes pour terrorisme d’état contre l’Algérie.

Quand un relais d’un régime étranger explique aux Français ce qu’ils ont le droit de manger entre eux, le mot « séditieux » employé par Platret n’est pas excessif. Ce n’est pas de la tolérance qu’on nous demande. C’est de la soumission alimentaire, dictée depuis Alger, et servie avec l’aplomb d’un censeur qui n’a de comptes à rendre qu’à un autre drapeau.

Mais au fait, en mangeant de la viande, les musulmans n’excluent-ils pas les végétariens ? On attend avec impatience que le recteur pousse sa logique jusqu’au bout. Mais quelque chose nous dit que l’iftar de la Grande Mosquée de Paris ne propose pas de saucisson par souci d’inclusion.

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