Avec « la Nouvelle France », Mélenchon efface le peuple historique

L’essentiel en 1 min

Jean-Luc Mélenchon lors du concert du 21 juin place de la République, symbole de la Nouvelle France

En quatre déclarations publiques, entre janvier et juin 2026, Jean-Luc Mélenchon a donné un nom à l’offre politique de La France insoumise pour 2027 : la « Nouvelle France ». Cette formule masque une doctrine du dégoût : un tri démographique où le peuple historique s’efface au profit d’un peuple fantasmé, assigné par ses origines et ses causes militantes.

Le 21 juin 2026, place de la République, un concert de la Fête de la musique clôt une semaine de bataille judiciaire. Interdit par la préfecture le 17 juin, autorisé en référé le 19, il rassemble les cadres de La France insoumise (LFI) sous la bannière : « la Nouvelle France ».

Depuis le début de l’année, quatre déclarations dessinent la doctrine : ce que Jean-Luc Mélenchon enjoint d’aimer, par opposition à ce qu’il ordonne de détester. Les pièces du dossier, dans l’ordre chronologique.

I
Villeurbanne · 9 janvier 2026

« La condition pour pouvoir être un seul peuple français, c’est d’accepter ce que nous sommes avec maintenant des enfants, des petits-enfants que l’on va voir au bled une fois par an. » Le peuple français se définit désormais par son ancrage hors de ses frontières. L’appartenance ne découle plus de l’adhésion à un socle commun.

II
Toulouse · 22 janvier 2026

« La Nouvelle France est celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps. » La formule reçoit ici son baptême. Le chef de file de la gauche radicale s’approprie un concept forgé par l’extrême droite pour mieux le revendiquer.

III
Europe 1 · février 2026

Le peuple historique est jugé « tout blanc, tout moche ». La Nouvelle France, en revanche, rassemblerait « uniquement les racisés, les quartiers populaires, les militants LGBT et propalestiniens ». Le tri s’affiche au grand jour : la France assimilée est sommée de disparaître au profit de ses héritiers désignés.

IV
Saint-Denis · 7 juin 2026

« On est chez nous », scande la foule à l’appel de son dirigeant. Ce slogan, lui aussi emprunté à l’extrême droite, est détourné : il sert à revendiquer le territoire au nom d’un peuple nouveau, dressé contre celui qui l’occupait jusqu’alors.

La haine de soi comme méthode

La « Nouvelle France » n’a pas de contenu positif. On ignore ce qu’elle est ; on sait seulement ce qu’elle n’est pas. Ses catégories valorisées (racisés, quartiers populaires, militants propalestiniens) n’apparaissent qu’après la coupe. Mélenchon jure qu’elle ne s’oppose pas à la France historique, mais chaque phrase de sa doctrine la définit par soustraction. Le projet se dérobe ; seul demeure le rejet.

Né à Tanger en 1951 de parents pieds-noirs espagnols et siciliens, le fondateur de LFI se revendique aujourd’hui Maghrébin et exalte son « pays natal, le Maroc ». Ce récit biographique s’érige en méthode politique : renier ses origines pour s’intégrer à la communauté que l’on convoite.

Le concept de créolisation, emprunté à Édouard Glissant et martelé par l’Institut La Boétie depuis 2020, offre la caution intellectuelle. Sans qu’on comprenne pourquoi ni comment, la créolisation est présentée comme le futur de la France, un destin qu’il faudrait accueillir sans discuter. L’opération s’appuie en réalité sur un antiracisme accaparé par des minorités se déclarant non-blanches. Selon le politologue Pierre-André Taguieff, cet antiracisme bascule vers un véritable racisme anti-blanc.

La France cesse d’être une communauté culturelle fondée sur des valeurs et une histoire partagées : elle devient une addition de tribus unies par ce que leurs membres sont. On appartient par l’origine, la couleur, la cause militante, non plus par l’adhésion à un socle commun. Le républicain devient identitaire, et l’identitaire devient la République.

Le concert du 21 juin

Un parti a privatisé la Fête de la musique, avec la complicité du tribunal administratif. Raphaël Arnault, député du Vaucluse élu en 2024, prend la parole sur scène. Fiché S et cofondateur d’un groupuscule antifasciste dissous pour violences, l’élu remercie le parti « pour son soutien ». Deux de ses collaborateurs sont mis en examen dans l’enquête sur le meurtre du militant Quentin Deranque, à Lyon le 23 février 2026.

Le rassemblement consacre publiquement la doctrine des quatre déclarations. L’hostilité envers la France historique se déguise en fête antiraciste, la violence militante se pose en gardienne d’une République réinventée. Vers vingt-deux heures, Mélenchon déclare le pays en « état d’alerte » : quiconque s’oppose devient un ennemi de l’intérieur.

À gauche, l’embarras se réfugie dans deux esquives. La première est celle du Parti socialiste : le 30 juin 2026, Olivier Faure a plaidé « une maladresse » et proposé « une France vivante ». Réduire à un lapsus une doctrine martelée six mois durant relève de la lâcheté verbale : allié de LFI à l’Assemblée, le PS ne peut plus qualifier son partenaire sans s’engager, et choisit le mot mou. La seconde lit la « Nouvelle France » comme un piège tactique : Mélenchon feindrait le racialisme pour prendre l’extrême droite à son propre jeu. Quatre discours convergents, étalés sur six mois, ne relèvent pas de la ruse.

Les motifs
Quatre discours fondateurs, une biographie réécrite en manifeste politique et un député fiché S accueilli en héros. Le peuple historique, ravalé au rang de nation « tout blanc, tout moche », cède la place à des tribus assignées par l’origine et la cause. S’esquisse ainsi un communautarisme d’État, déterminé à forger son propre peuple sur les ruines de l’ancien.
Le prononcé
La « Nouvelle France » théorisée par Jean-Luc Mélenchon consacre une doctrine du dégoût : détester l’héritage pour mieux aimer son remplacement.
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