42 °C à Pissos, 49 départements en alerte rouge, des trains à quai, des écoles fermées, un bac reporté. La France traverse la vague de chaleur la plus précoce et la plus large jamais enregistrée. Elle continue de refuser la climatisation au nom de l’écologie. Personne n’arrive à expliquer pourquoi.
Le verbatim
2 juillet 2025, studio Franceinfo, 21 °C. Aux côtés du Premier ministre François Bayrou, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher lâche : « Ceux qui vous parlent de grand plan de climatisation viennent de découvrir la Lune. » Dehors, la France cuit. À l’écran, elle prêche la sobriété. La scène se rejoue chaque été depuis dix ans, dans des studios refroidis et des cabinets ministériels à 22 °C. Personne ne demande pourquoi le frais reste interdit à ceux qui le réclament.
Un pays qui chauffe et refuse la climatisation
Pour rester au chaud l’hiver, un ménage français à l’électricité dépense en moyenne 836 € de chauffage, soit 4 312 kWh par an. Pour rester au frais pendant les semaines de canicule, climatiser le même logement coûterait 59 € et 304 kWh. Quatorze fois moins. Aucune institution publique n’a jamais alerté sur le scandale écologique du chauffage électrique français. La climatisation, elle, est présentée comme un péché. Le pays accepte sans broncher la dépense énergétique massive de l’hiver. Et refuse, au nom de l’écologie, la dépense modeste de l’été. Personne n’a expliqué cette dissymétrie.
L’alibi écologique introuvable
L’Italie climatise massivement. Il est le premier pays consommateur d’Europe. Ses émissions par habitant en 2023 atteignent 5,19 tonnes de CO₂. La France en émet 4,25. L’écart de 22 % vient du mix énergétique italien, dominé par les hydrocarbures, non des climatiseurs. Le nucléaire français dilue le coût carbone de chaque kilowattheure, y compris celui qui rafraîchirait une chambre d’hôpital. Espagne : autour de 30 % des foyers équipés, jusqu’à 70 % à Séville. Grèce : plus de neuf foyers sur dix. France : 24 %. Les voisins méditerranéens ont la même chaleur et la même tradition étatiste. Ils ont tranché pour la clim. La France a tranché contre.
Le partage du frais
L’Agence de la transition écologique (ADEME) a publié ses propres données en juin 2024. 37 % des cadres et professions intellectuelles supérieures vivent climatisés. 19 % des chômeurs et inactifs. 31 % des propriétaires de maisons individuelles. 20 % des locataires de l’habitat collectif. Les ministères sont climatisés. Les studios télé sont climatisés. Les sièges sociaux du CAC 40 sont climatisés. Les laboratoires du futur CHU de Nantes Loire Santé, livré mi-2028 pour 1,25 milliard d’euros, seront climatisés. Aucune climatisation dans les chambres des patients. Aucune dans les bureaux des soignants. Façades bioclimatiques, triple vitrage, et rien d’autre. Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU, tranche : « aberrant ». Le flacon a sa clim, le patient sa fenêtre.
La facture du refus
22 juin 2026. Météo-France recense 49 départements en rouge, record absolu. L’ancien record datait de 2019 et avait touché vingt départements. 71 trains Intercités Corail annulés, leurs wagons construits entre 1975 et 1989 ne tiennent plus au-delà de 33 °C. Jean Castex, PDG de la SNCF, conseille aux personnes « vulnérables d’éviter de prendre le train ». 784 établissements scolaires aménagés ou fermés. 57 centres d’examen reportent le baccalauréat. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray supprime les sessions d’après-midi pour les bacs et brevets à venir. Le pays s’arrête. Les pertes cumulées de PIB liées aux canicules atteindront 206 milliards d’euros d’ici 2030. Climatiser les écoles publiques coûterait 40 à 52 milliards sur dix ans. La facture du refus se règle ailleurs.



