

Aucune banque française n’accepte de prêter 10,7 millions d’euros au Rassemblement national pour la présidentielle 2027. Le financement du RN est dans l’impasse. Le parti pèse 30 % dans les sondages. Il siège à l’Assemblée, au Sénat, au Parlement européen. Peu importe. Société Générale et La Banque Postale ont opposé des refus « définitifs ». Formulation identique : « Nous ne finançons plus la vie politique, pour aucun candidat ni aucune élection. »
Kévin Pfeffer, trésorier du RN, confirme à l’Agence France-Presse (AFP) : plusieurs demandes déposées, déjà des retours négatifs. Daniel Baal, président de la Fédération bancaire française (FBF) et patron du Crédit Mutuel, reconnaît sur RTL le 29 avril : « Oui, c’est un problème. » Le 4 mai, il propose sur BFM Business que l’état garantisse les prêts aux candidats.
Le mécanisme est bien rodé. Les banques invoquent la neutralité. Mais en se retirant collectivement d’un marché, elles créent un monopole de fait. En 2022, le RN avait dû emprunter 10,6 millions à MKB Bank, en Hongrie — seule option disponible après la loi de 2017 interdisant les prêts hors UE. Les partis mainstream empruntaient alors à 1,3 %-1,8 %. Le RN, lui, a obtenu un taux couvert par une clause de confidentialité. Quand un seul prêteur reste en jeu, les intérêts grimpent — et personne n’est censé le savoir. Renaissance dispose de 21,7 millions de trésorerie. Les Républicains, échaudés par le score de Pécresse en 2022, peinent aussi à trouver des financeurs. Le retrait bancaire n’est pas neutre. Il avantage les riches et pénalise les autres.
Les banques prétendent ne pas faire de politique. Elles invoquent le risque réputationnel, la conformité aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), la gestion de portefeuille institutionnel. Mais le résultat est là : elles faussent les règles démocratiques. Les Français peuvent voter pour n’importe quel parti — à condition qu’il convienne à leur banque.
FARAGE ET COUTTS : LE SCANDALE QUI A CHANGÉ LA LOI BRITANNIQUE

Juin 2023. Coutts, banque privée filiale de NatWest, ferme le compte de Nigel Farage. Motif officiel : critères d’éligibilité. Farage obtient via le Règlement général sur la protection des données (RGPD) un dossier interne de 40 pages. Le « Wealth Reputational Risk Committee » y écrit : « Ses vues sont incompatibles avec notre position d’organisation inclusive. » Le mot « Brexit » apparaît 86 fois. « Russia », 144 fois. Alison Rose, PDG de NatWest, divulgue des informations confidentielles sur Farage à un journaliste. Elle démissionne le 25 juillet. Le PDG de Coutts suit deux jours plus tard. NatWest conclut un accord amiable en mars 2025, reconnaissant des « manquements graves ».
Le 28 avril 2026, une semaine avant le refus français, les « Termination Regulations » entrent en vigueur au Royaume-Uni. Les banques doivent désormais fournir une explication détaillée avant toute fermeture de compte. Quand les intérêts des banques deviennent trop visibles, le législateur finit par s’en mêler.
Getty Images, juillet 2023


