Les faits. Un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD, réalisé les 31 mars et 1er avril 2026 auprès de 1 004 personnes, révèle que 67 % des Français estiment qu’il existe un racisme anti-blancs en France. Le chiffre atteint 78 % chez les 18-24 ans.
L’idée implicite. Ces Français seraient victimes d’une illusion collective nourrie par l’extrême droite. Le racisme anti-blancs ne peut pas exister puisque les Blancs ne sont pas une minorité dominée.
Notre décryptage. La gauche universitaire a trouvé la parade : redéfinir le racisme pour exclure par construction toute hostilité envers les Blancs. Ni le dictionnaire, ni le code pénal, ni la jurisprudence ne valident cette acrobatie. Le vrai scandale n’est pas le sondage. C’est l’arrogance d’une élite qui explique à deux tiers du pays qu’ils se trompent sur ce qu’ils vivent.
« Le racisme anti-blanc n’existe pas d’un point de vue sociologique. » Charlotte Recoquillon, géographe à l’Institut français de géopolitique (IFG), ne formule pas une hypothèse. Elle pose un interdit. Le mot « sociologique » fait le travail : il disqualifie d’avance toute objection en la renvoyant au rang de perception naïve. Deux tiers des Français perçoivent un phénomène. La réponse savante consiste à leur dire que ce phénomène n’existe pas.
Le sondage CSA ne sort pas de nulle part. En 2014, l’IFOP mesurait déjà 47 % de Français jugeant le racisme anti-blancs « assez répandu ». Même chiffre en 2020. En 2022, un autre sondage CSA trouvait 80 %. La formulation de 2026 est plus directe, le résultat plus net : 67 % répondent oui. Chez les 18-24 ans, le chiffre atteint 78 %. Ce ne sont pas des électeurs du Rassemblement national (RN) égarés : même parmi les sympathisants du Parti socialiste (PS), 51 % reconnaissent le phénomène. Le fossé se creuse à gauche : 36 % chez La France insoumise (LFI), 28 % chez Europe Écologie-Les Verts (EELV). L’écart gauche-droite atteint 37 points. La gauche militante vit dans un pays que le reste de la France ne reconnaît pas.
Le racisme anti-blancs face au dictionnaire et au droit
Le mécanisme est rodé. La définition courante du racisme, celle du dictionnaire et du droit français, désigne toute hostilité envers un groupe en raison de son origine ethnique. Elle n’exclut personne. La définition militante, importée de la Critical Race Theory américaine, redéfinit le racisme comme un « système de domination ». Puisque les Blancs sont le groupe dominant, ils ne peuvent structurellement subir de racisme. Le tour est joué. On ne nie pas les faits. On change la définition pour que les faits ne comptent plus.
Le droit français n’a pas reçu le mémo. En 2014, la Cour d’appel de Paris a reconnu la circonstance aggravante de racisme pour les insultes « sale Blanc, sale Français ». Le code pénal ne distingue pas entre racismes acceptables et racismes théoriquement impossibles. Le tour de passe-passe définitionnel n’est pas seulement intellectuellement malhonnête : il est juridiquement nul.
Et il n’est même pas consensuel à gauche. En mars 2026, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), a déclaré : « Bien sûr qu’il existe. » LFI l’a immédiatement attaqué. En 2012, Najat Vallaud-Belkacem affirmait : « Chacun peut convenir sans mal qu’il existe. » La LICRA elle-même reconnaît que les discours de « culpabilité intrinsèque » envers les Blancs relèvent du racisme. Le qualificatif « concept d’extrême droite » ne tient pas trois secondes face à cette liste.
« Le racisme n’est pas une question d’individus racistes mais un ordre social hiérarchique. »
Fabrice Dhume, sociologue
Relisons cette phrase. Elle ne dit pas que le racisme systémique existe, ce qui serait discutable mais légitime. Elle dit que le racisme est exclusivement un système. Un adolescent insulté dans un bus parce qu’il est blanc ne subit pas de racisme : il subit un « préjugé », un « incident isolé ». Les mots changent, la douleur reste.
L’asymétrie du doute
L’objection classique : les 6 % de plaintes pour racisme anti-blancs prouveraient que le phénomène est marginal. L’argument est fascinant par ce qu’il révèle. Quand une femme déclare avoir subi du harcèlement de rue, personne ne lui oppose le taux de plaintes. Quand un jeune homme noir décrit un contrôle au faciès, personne ne lui demande un récépissé. La perception vaut preuve. Sauf quand c’est la mauvaise perception, celle du mauvais groupe.
Le même procédé est à l’œuvre aux États-Unis. La Critical Race Theory a conquis les campus en posant comme axiome que le racisme est un système dont seuls les Blancs bénéficient. En 2023, la Cour suprême a invalidé les programmes d’affirmative action, estimant qu’ils violaient l’égalité devant la loi. La redéfinition militante du racisme n’a pas fait avancer l’égalité. Elle a provoqué un retour de balancier. C’est un pari, et la gauche américaine l’a perdu.
En France, le pari est le même. Pendant que la gauche identitaire transforme la victimisation en arme de conquête politique, 67 % des Français constatent un phénomène que leur propre camp leur interdit de nommer.
Quand un mot gêne, la gauche ne conteste pas les faits. Elle change le dictionnaire. C’est plus propre qu’un mensonge, et tout aussi efficace, jusqu’au jour où deux tiers du pays décident qu’ils savent lire.


