Les faits. Tôt le matin du 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes massives sur l’Iran, frappant Téhéran, Ispahan, Qom, Tabriz et plusieurs bases militaires. L’opération vise les infrastructures nucléaires, les capacités balistiques et les centres de commandement des Gardiens de la révolution.
L’idée implicite. Washington et Tel-Aviv seraient les agresseurs d’une nation souveraine. L’Iran serait une victime géopolitique de l’impérialisme occidental, et ces frappes constitueraient une escalade irresponsable au Moyen-Orient.
Notre décryptage. Ce matin n’est pas un acte d’agression. C’est la conséquence prévisible de quarante-sept ans de tolérance occidentale envers un régime fondamentaliste, dictatorial et meurtrier. Pour la première fois, trois crises convergent simultanément sur la République islamique : la destruction de ses capacités offensives en juin 2025, le soulèvement populaire de janvier 2026, et désormais la liquidation de son appareil militaire. Le régime n’est pas mort. Mais il n’a jamais été aussi près de ses propres limites.
À 2 h 30, heure de Washington, Donald Trump publie sur Truth Social le début d’« opérations de combat majeures » en Iran. Sept missiles frappent le quartier Pasteur de Téhéran : la résidence habituelle de Khamenei, le palais présidentiel, le Conseil national de sécurité. À Ispahan, des Tomahawks pulvérisent le complexe nucléaire. L’opération porte un nom : « Rugissement du Lion » côté israélien, « Fureur épique » côté américain. Khamenei est évacué vers un lieu sûr. Le guide suprême respire encore. Mais son État, lui, suffoque.
Il y a une question que le concert des indignations diplomatiques ne pose jamais. Non pas « pourquoi ces frappes ? », mais « pourquoi seulement maintenant ? ».
Quarante-sept ans de clémence envers une théocratie armée
La République islamique d’Iran n’est pas un état comme les autres, même si une partie de la diplomatie mondiale s’acharne à le traiter comme tel. C’est un régime fondamentaliste qui pend des homosexuels à des grues, qui tire à balles réelles sur ses propres citoyens en visant les têtes et les torses, qui a bâti un réseau de proxies régionaux (Hamas, Hezbollah, Houthis) comme autant de bras armés exportant le chaos. Un régime dont les Basij, miliciens en civil, ont écrasé chaque mouvement de liberté depuis 2009. Un régime qui, en janvier 2026, a massacré près de 30 000 de ses propres citoyens selon le Rapporteur spécial des Nations unies, parce que 1,5 million de personnes avaient osé descendre dans les rues de Téhéran.
C’est ce régime que l’Occident a cru pouvoir contenir par la diplomatie pendant quatre décennies et demie. Négociations nucléaires en 2015, levée partielle des sanctions, accords-cadres que Téhéran a méthodiquement vidés de leur substance. Le résultat est là : 400 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % non localisés, un programme balistique comptant 2 500 missiles avant les frappes de juin, et la conviction, partagée par quatre responsables iraniens interrogés par Reuters, qu’une attaque américaine combinée aux protestations pourrait « provoquer l’effondrement du régime ».
« La justification nucléaire fonctionne probablement moins comme un objectif opérationnel précisément défini et plus comme un cadre politiquement lisible pour un projet plus vaste. »
— Nicole Grajewski, chercheuse au Carnegie Endowment for International Peace
Le diagnostic est chirurgical. Washington ne frappe pas seulement des centrifugeuses. Washington frappe un système : les bases de lancement, les réseaux de transport, l’architecture de commandement des Gardiens de la révolution. Le nucléaire est le prétexte acceptable. La cible réelle, c’est la capacité de projection d’un régime qui a transformé le Moyen-Orient en poudrière pendant un demi-siècle.
Trois crises, zéro marge
Ce qui rend le 28 février 2026 différent de tous les épisodes précédents, c’est la convergence. En juin 2025, l’opération israélienne Midnight Hammer avait déjà percé les entrailles de Fordow : douze bombes GBU-57, six cratères, installation déclarée hors service. L’Institute for Science and International Security avait parlé de « destruction catastrophique ». Pourtant, un rapport américain classifié estimait le recul du programme iranien à « moins de six mois ». En clair : Téhéran creusait déjà une nouvelle montagne, baptisée Pickaxe Mountain, pour reconstruire.
La deuxième crise est intérieure. Le 28 décembre 2025, les bazaris du Grand Bazar de Téhéran, pilier historique du régime, se mettent en grève. Le rial vaut 1,4 million pour un dollar. L’inflation atteint 52 %. Quand Reza Pahlavi, fils du dernier Shah, lance un appel le 8 janvier, cinq millions d’Iraniens répondent dans tout le pays. La réponse du régime : internet coupé, tirs à balles réelles. Bilan officiel : 3 117 morts. Bilan réel, probablement six fois plus. Le 29 janvier, l’Union européenne désigne l’IRGC (Corps des gardiens de la révolution islamique) comme organisation terroriste.
La troisième crise, c’est l’échec des négociations. Trois rounds à Oman puis Genève en février. Washington exige l’arrêt total de l’enrichissement en sol iranien. Téhéran refuse d’inclure les missiles balistiques. Le 19 février, Trump pose un ultimatum de dix à quinze jours. Le 27, il déclare ne pas être « satisfait de la manière iranienne de négocier ». Les frappes étaient planifiées depuis des semaines.
L’IRGC a riposté par une salve de 200 missiles balistiques et 200 drones vers Israël, frappant la base navale américaine de Bahreïn. L’Iran a déclaré qu’il n’y avait « pas de lignes rouges ». La Russie condamne, la Chine avertit de chocs énergétiques sur le détroit d’Hormuz. Ni l’une ni l’autre n’indiquent une implication militaire. L’alliance CRINK (Chine-Russie-Iran-Corée du Nord) protège Téhéran économiquement. Elle ne meurt pas pour lui.
Le régime peut-il survivre ? L’histoire plaide pour la prudence : la République islamique a absorbé une guerre totale contre l’Irak, des décennies de sanctions, les soulèvements de 2009, 2019 et 2022. L’IRGC reste structurellement loyal. Mais jamais trois crises n’ont frappé simultanément : l’armée atteinte, l’économie effondrée, la rue embrasée. Les prochains jours seront déterminants.



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