Vous vous souvenez de « On est chez nous » ? Le slogan que la gauche dénonçait comme la honte de la France, le cri puant du repli identitaire sorti du ventre encore fécond de la bête immonde ? Dimanche, à Saint-Denis, c’est Jean-Luc Mélenchon qui l’a lancé.
Sans rire. Sans rougir. Et dans la presse ? Pas un froncement de sourcil. Que l’homme qui voit un facho derrière chaque frontière s’approprie le slogan maudit, et les éditorialistes y saluent une habileté de campagne. Mélenchon jouit d’une immunité que personne, à droite, n’obtiendra jamais.
Le décor vaut le détour. Le lider Maximo choisit Saint-Denis, au pied de la basilique : la nécropole où dorment quarante rois de France, mille ans d’histoire sous ses pieds. Et qu’y vient-il célébrer ? La « nouvelle France ». Une France « créolisée », « métissée », refaçonnée par les bouleversements « anthropologiques » du dernier demi-siècle. La nouvelle France méprise l’ancienne et crache littéralement sur ses tombes.
Et c’est là, précisément, qu’il ose les quatre mots que l’on pensait bannis : « On est chez nous. » Chez qui, au juste ? Dans une autre bouche, vingt ans durant, cette phrase annonçait le fascisme et les bruits de bottes. Dans la sienne, elle devient la République qui respire, un gage de bonheur.
Tout le tour de passe-passe est là : célébrer l’enracinement du grand remplacement qu’on nous disait inexistant. Et les plateaux applaudissent l’audace. Qu’un autre lâche ces quatre mots, ils crient au fascisme ; que Mélenchon les reprenne, ils saluent le stratège. Le voilà, son privilège : l’absolution de ceux dont le métier est de le critiquer.



