Le 16 juin, la 17e chambre correctionnelle de Nanterre a relaxé Aymeric Caron, poursuivi par Rachel Khan pour l’avoir associée à la Radio des Mille Collines. Pour le tribunal, l’analogie ne vise pas la personne mais le média, et le sujet de Gaza appelle « le plus haut degré de protection ». La décision dessine une cartographie de la parole où certains débats valent plus que d’autres.
Relaxé. Rachel Khan me poursuivait pour avoir utilisé l’expression « Radio 1000 collines » pour désigner Europe1, dans une publication sur X accompagnée d’une vidéo d’Europe1 où apparaissait Rachel Khan. La 17ème chambre du tribunal correctionnel de Nanterre a considéré que cette publication n’a ni caractère raciste ni caractère antisémite et que le délit d’injure aggravée n’est donc pas constitué. Le tribunal prend soin de préciser que le sujet de mon tweet, le génocide à Gaza, « se situe au sommet des débats d’intérêt général », nécessitant « le plus haut degré de protection de la liberté d’expression ». Je remercie mon avocat Maître Jean-Christophe Bonté-Cazals.
— Aymeric Caron (@CaronAymericoff) June 16, 2026
Le contexte
Fin 2023. Aymeric Caron, alors député apparenté LFI de Paris, partage sur X une vidéo d’Europe 1 où Rachel Khan critique l’idée d’un cessez-le-feu à Gaza. Il accompagne le clip de quatre mots : « Radio 1000 collines ». L’expression renvoie à la radio rwandaise qui appela, en 1994, au massacre des Tutsis. Rachel Khan, juive par sa mère et noire par son père, dépose plainte pour injure publique à caractère raciste et antisémite.
L’instruction traîne deux ans et demi. Le parquet, à la veille de l’audience, requiert pourtant la relaxe : selon lui, le tweet vise un média, pas la personne. Le 19 mai 2026, l’affaire se juge devant la 17e chambre correctionnelle de Nanterre, spécialisée dans le contentieux de la presse. Caron y plaide la critique politique d’un éditorial complaisant envers Israël. Khan, partie civile, oppose qu’on l’a publiquement assignée au rôle de la propagande génocidaire.
Le tribunal délibère un mois. Le 16 juin, il prononce la relaxe. Caron publie aussitôt la décision sur X et remercie son avocat. Le message récolte 180 000 vues dans la journée.
Ce que disent les juges
La motivation du jugement repose sur deux pivots. D’abord, l’analogie ne viserait ni l’origine juive ni la couleur de peau de Rachel Khan, mais bien Europe 1, accusé d’aligner sa ligne éditoriale sur la défense d’Israël. La référence à la Mille Collines, considèrent les magistrats, n’est qu’une métaphore polémique sur le rôle d’un média, sans portée raciale.
Ensuite, le tribunal pose une hiérarchie. Le sujet du tweet, écrit-il, « se situe au sommet des débats d’intérêt général » et appelle « le plus haut degré de protection de la liberté d’expression ». La 17e chambre admet le caractère « outrageant » des propos, mais l’absorbe dans la catégorie supérieure du commentaire politique sur Gaza. Le délit d’injure aggravée tombe.
Le verdict. Relaxe pleine et entière, le délit d’injure aggravée à caractère raciste et antisémite n’étant pas constitué.
Le motif. L’analogie viserait Europe 1 et non Rachel Khan, et le sujet de Gaza appelle « le plus haut degré de protection de la liberté d’expression ».
Notre lecture
La décision dessine une cartographie politique de la parole. Au sommet, Gaza, débat sacré que la justice protège jusqu’à l’outrage. En dessous, les sujets ordinaires, où la même rhétorique vaudrait probablement condamnation. La 17e chambre ne le formule pas en ces termes, mais sa hiérarchie a vocation à s’inverser dans l’autre sens.
L’analogie avec la Mille Collines n’est pourtant pas neutre. Elle assigne une journaliste juive et noire au rôle d’un appareil de propagande génocidaire, et fait de sa parole un appel implicite au meurtre. Le tribunal trie : ce n’est pas la personne, c’est le média. La séparation ne tient pas. Rachel Khan est l’unique visage de la vidéo citée, l’unique nom propre attaché à l’agression verbale.
En relaxant Aymeric Caron, les juges ratifient l’usage du génocide rwandais comme arme de polémique. Le précédent est posé.


