JD Vance, caution de l’extrême-droite

L’essentiel en 1 min

JD Vance, vice-président des États-Unis et caution de l'extrême droite américaine

Nick Fuentes, militant nationaliste blanc américain de 27 ans, négationniste de l’Holocauste, n’a jamais eu d’allié plus précieux que JD Vance. Le vice-président des États-Unis a pourtant fait plus que d’épouser ses idées. Il a abattu, les uns après les autres, les remparts que la droite américaine avait dressés depuis soixante-dix ans contre l’extrême droite raciste. Quatre actes, en six mois, composent le dossier.

14 octobre 2025
Le site américain Politico publie 2 900 pages de discussions internes des Jeunes Républicains, conversations privées entre cadres locaux du parti. Plaisanteries sur les chambres à gaz, mention J’adore Hitler, 251 insultes racistes et homophobes. Le vice-président JD Vance balaie l’affaire : ce sont des gosses, dit-il, qui font des bêtises.
27 octobre 2025
Tucker Carlson, ex-vedette de Fox News, désormais le podcasteur le plus suivi de la droite trumpiste, reçoit Fuentes pendant plus de deux heures. 5 millions de vues. Fuentes y désigne le juif organisé comme principal obstacle à l’unité de l’Amérique. Carlson mène l’entretien jusqu’au bout, cordial. Interrogé, Vance défend son ami : Tucker est un ami à moi.
19 novembre 2025
À la conférence annuelle de la communauté juive américaine, à Manhattan, la journaliste Bari Weiss, fondatrice du quotidien en ligne The Free Press, interpelle Vance sur cette amitié. La salle applaudit la question. L’auditoire, écrit l’essayiste Dan Senor, s’inquiète sans s’alarmer.
Avril 2026
À l’université du Mississippi, devant Turning Point USA, mouvement étudiant majeur de la droite trumpiste, Vance recommande aux jeunes le podcasteur Theo Von. Von a traité Fuentes de courageux en janvier 2025, et soutenu chez Joe Rogan que les juifs possèdent les médias libéraux.

I. Qui ne dit mot consent

Quatre occasions de désigner Fuentes comme ennemi, quatre refus. En 2024 encore, invité de l’émission Face the Nation sur CBS, Vance le qualifiait de raté ; son idéologie n’avait, disait-il, aucune place dans le mouvement MAGA. Un an plus tard, plus un mot. Aujourd’hui, sa parole couvre les amis de ses amis.

L’interview Carlson

Carlson savait qui il invitait. Fuentes nie l’Holocauste, fait l’éloge d’Hitler, soutient que les Blancs perdent le contrôle de l’Amérique. Carlson le reconnaît à l’antenne, le concède du bout des lèvres, mène la conversation jusqu’au bout. Sept mois plus tard, dans le New York Times, il décrit Fuentes comme un gamin qui dit des bêtises, et juge son antisémitisme moins grave que les enfants tués à Gaza par Israël. Vance, interrogé sur cette séquence, invoque l’amitié. Mais l’amitié n’a jamais interdit la franchise : on peut aimer un homme et désavouer son propos. Vance s’en garde. Ne pas condamner, à ce niveau de responsabilité, c’est laisser entendre qu’on approuve.

Les chats Telegram

Deux mille neuf cents pages, sept mois d’échanges. Les auteurs ont entre vingt-quatre et trente-cinq ans, plusieurs occupent des postes fédéraux ou d’état. Fuentes commente la fuite avec satisfaction : il y a des groypers, dit-il, dans chaque administration, chaque agence. Vance parle de blagues de gosses. La langue minimise. Le choix de minimiser est noté.

II. La normalisation par contact

La normalisation opère par chaînage. Vance s’appuie sur Carlson, qui reçoit Fuentes deux heures, cordialement. Vance recommande Von, qui a rangé Fuentes parmi les courageux. Personne, à aucun maillon, n’a besoin de défendre Fuentes : il suffit de ne pas le condamner. Le seuil du dicible recule en silence.

L’ami de mon ami

Tucker est un ami à moi. La formule fait jurisprudence. L’amitié devient le filtre par lequel un propos cesse d’être condamnable. L’ancienne présentatrice de Fox News Megyn Kelly résume la chaîne : JD écoutait Tucker, Tucker écoutait JD. La contagion circule au sommet de la coalition.

L’antisémitisme ne coûte plus rien

En 1991, William F. Buckley, fondateur du magazine National Review et architecte du conservatisme américain moderne, accusait publiquement Patrick Buchanan, ancien conseiller de Nixon et de Reagan, d’antisémitisme. Reagan et Bush père avaient refusé le soutien du Ku Klux Klan et nommément dénoncé David Duke. Le coût politique de l’antisémitisme était réel. En novembre 2022, Trump dîne avec Fuentes à Mar-a-Lago. En 2025, il défend Carlson : on ne dit pas à un journaliste qui interroger. Son vice-président garde le silence.

III. Ce que le silence produit

L’universitaire américaine Laura K. Field, autrice du livre Furious Minds sur la nouvelle droite trumpiste, le constate sèchement : le cordon sanitaire de Buckley contre l’extrême droite s’est effondré. Il a été démonté pièce par pièce, par ceux qui occupaient les sommets de la coalition conservatrice. Vance n’y a jamais touché directement. Il a fait en sorte qu’on n’ait plus à le faire.

Le vice-président ne professe pas l’idéologie de Fuentes. Il la rend pensable. Le silence d’un homme d’état catholique, diplômé de Yale, élu au Sénat puis à la vice-présidence, équivaut à une bénédiction. C’est l’onction présidentielle qui sert de vernis : Vance fait d’un antisémitisme jusque-là confiné aux marges une posture acceptable, du seul fait qu’il refuse de le désigner comme ennemi. La normalisation ne vient pas du bas, du militant marginal qui crie ; elle vient du sommet, de l’homme qui pourrait condamner et choisit de se taire. Le poisson pourrit par la tête.

Constat
Le passeur ne fabrique pas la marchandise. Il ouvre la porte. Vance est l’homme par lequel Fuentes devient fréquentable, celui dont le silence équivaut à un blanc-seing.
Sentence
Le cordon sanitaire de la droite américaine a été rompu, en silence, par celui qui devait le tenir. La trahison vient du sommet.
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