Le 20 juin 2026, le juge Juan Carlos Peinado, du tribunal d’instruction n° 41 de Madrid, renvoie Begoña Gómez devant un jury populaire. Quatre chefs : trafic d’influence, corruption dans les affaires, détournement de fonds publics, appropriation indue. Passeport confisqué, deux comparutions mensuelles, postes frontières alertés. L’épouse du Premier ministre espagnol comparaîtra devant le jury.
Autour de Pedro Sánchez, les dossiers s’empilent. Son frère David est jugé depuis le 28 mai 2026 par le tribunal provincial de Badajoz, pour un poste taillé sur mesure au conseil de la province. José Luis Ábalos, son ex-ministre des Transports, attend le verdict de la Cour suprême espagnole, prison préventive depuis novembre 2025. 24 ans ont été requis. Santos Cerdán, ex-numéro trois du Partido Socialista Obrero Español (PSOE), est passé par la prison de Soto del Real pour des commissions de 2 % sur des chantiers publics. Et José Luis Rodríguez Zapatero, ancien chef du gouvernement (PSOE, 2004-2011), est mis en examen pour trafic d’influence depuis le 17 juin 2026. Une première dans la démocratie espagnole.
Le silence parisien est l’autre fait du dossier. Le Monde s’en tient aux dépêches Agence France-Presse, sans grand récit. Libération et Les Échos n’ouvrent pas la chronique. Le Figaro tient le fil, seul. La presse progressiste regarde ailleurs, et regarde Gaza.
Cinq dossiers, une seule presse
L’instruction Begoña Gómez s’ouvre en avril 2024. Le poste de coordinateur des conservatoires de musique de Badajoz, créé en novembre 2016, gelé jusqu’aux primaires du PSOE de mai 2017, atterrit dans les mains du frère du futur Premier ministre. L’affaire Koldo porte sur 54 millions d’euros de marchés publics de masques pendant la pandémie et 10 millions d’euros de commissions présumées. L’affaire Cerdán part d’un rapport de la Garde civile sur les chantiers du groupe Acciona. Quant à Plus Ultra, qui rattrape Zapatero, elle porte sur le sauvetage public d’une compagnie aérienne du même nom : 53 millions d’euros versés par le fonds souverain espagnol SEPI en mars 2021, doublés de près de deux millions d’euros de commissions présumées.
Cumul des peines de prison requises pour ce seul noyau : 73 ans et demi. Sans Cerdán ni Zapatero, dont les peines ne sont pas fixées.
Quatre chefs de corruption, renvoyée devant jury populaire le 20 juin 2026, passeport confisqué. 24 ans de prison requis.
Prévarication et trafic d’influence, procès en cours depuis le 28 mai 2026 au tribunal provincial de Badajoz. 6 ans requis.
Prison préventive depuis novembre 2025, verdict imminent de la Cour suprême, 24 ans et 19 ans et demi requis, unanimité atteinte.
Ex-numéro trois du PSOE, 2 % de commissions, prison de Soto del Real de juillet à novembre 2025.
Ancien Premier ministre mis en examen le 17 juin 2026, 1,95 M€ de commissions présumées, inédit.
Dépêches Agence France-Presse épisodiques aux dates pivots, aucun grand dossier.
Rien.
Rien.
Suivi régulier depuis 2025, le seul.
Une synthèse ponctuelle en juin 2026.
Le saint et la croix
Le 28 mai 2024, Sánchez reconnaît unilatéralement l’état palestinien, en trio européen avec l’Irlande et la Norvège. Le 8 septembre 2025, il décrète neuf mesures anti-Israël, embargo total sur les armes inclus. Il qualifie l’action israélienne à Gaza de « génocide ». Les éditorialistes français progressistes saluent un courage moral et citent Madrid en exemple.
La chronologie éclaire le dossier. L’instruction Begoña Gómez s’ouvre en avril 2024 ; cinq semaines plus tard, la reconnaissance de la Palestine est annoncée. Le 2 septembre 2025, Sánchez fait lui-même le lien entre les deux et dénonce une « judiciarisation politiquement motivée » contre sa « position courageuse sur Gaza ». Le calcul est explicite, et il fonctionne.
La posture pro-Gaza opère comme un blanchiment moral européen. Pendant que les juridictions espagnoles instruisent au plus haut niveau, Sánchez parade aux Nations unies et devient la référence morale d’un camp qui ne veut rien savoir du reste. Le népotisme du frère, les commissions du numéro trois, les masques surfacturés du ministre, le sauvetage Plus Ultra : autour d’un dirigeant conservateur, ces faits massifs feraient la une des journaux parisiens pendant des semaines. La gauche qui revendique la méritocratie ne supporte pas le miroir.
L’auréole
Le mécanisme est simple. La vertu internationale acquise sur Gaza devient une caution domestique. Elle achète aux rédactions amies le bénéfice du doute, suspend l’enquête, dissout les dossiers dans le récit du courage. On ne salit pas un saint pendant qu’il porte la croix.
Le silence parisien est un tribut. Le jour où l’auréole tombera, les dossiers réapparaîtront, datés, méthodiques, comme s’ils venaient d’arriver. Les rédactions qui se sont tues feindront la découverte. Sánchez aura acheté un sursis, payé en posture, jusqu’à l’épuisement de la mise.



