Israël encore exclu d’Eurosatory : la méthode Macron

L’essentiel en 1 min

Eurosatory et salons d'armement : stand israélien IAI masqué par une bâche noire au Salon du Bourget 2025

La question. Pourquoi la France de Macron exclut-elle, une fois de plus, les armes israéliennes de ses salons d’armement ?

La réponse courte. Parce que le gouvernement Macron a installé l’hostilité à Israël comme une routine d’état, conduite épisode après épisode de la manière la plus lâche, là où De Gaulle, en 1967, assumait frontalement un embargo pourtant plus dur.

Tout commence le 31 mai 2024, quand le gouvernement annule la participation des 74 entreprises israéliennes attendues à Eurosatory, le grand salon de l’armement terrestre organisé près de Paris. La justice désavoue aussitôt l’état : le 18 juin, le tribunal de commerce de Paris juge la mesure « discriminatoire », parce que fondée sur l’appartenance à une nation, alors qu’aucun embargo ne frappe Israël. À l’automne, au salon naval Euronaval, les industriels israéliens ne sont finalement autorisés qu’in extremis, là encore par décision de justice.

Cette première exclusion n’était pas seulement spectaculaire, elle était illégale. En jugeant la mesure « discriminatoire », parce que fondée sur la seule nationalité des exposants, la justice rappelait qu’aucun texte n’autorisait l’état à écarter Israël, qu’aucun embargo ne le visait. Le gouvernement n’en a tenu aucun compte : il a reproduit la même discrimination au Bourget l’année suivante, puis de nouveau à Eurosatory en 2026. Par deux fois au moins, l’exécutif a imposé contre le droit ce qu’un tribunal avait condamné. C’est le fait du prince dans sa version la plus nue : une décision arbitraire, prise au sommet de l’état, qui passe outre l’égalité due à tous les exposants.

Quatre exclusions en deux ans, jamais assumées

Un an plus tard, au Salon du Bourget de juin 2025, cinq stands israéliens, dont ceux des géants IAI, Rafael et Elbit, sont condamnés par des cloisons et des bâches noires érigées dans la nuit, au motif qu’ils exposaient des « armes offensives ». Puis le vent tourne. Après le cessez-le-feu du 10 octobre 2025, Emmanuel Macron rouvre tout au salon de sécurité Milipol : en novembre, Israël y devient la nation la plus représentée après les grandes puissances, avec 39 exposants. Sept mois plus tard, retour à la case départ avec Eurosatory 2026, sans pavillon national et sans armes offensives.

Des agents de sécurité hissent une bâche noire devant le pavillon israélien IAI au Salon du Bourget 2025, sur ordre du gouvernement français
Salon du Bourget, juin 2025 : des bâches noires masquent le pavillon israélien d’IAI, sur ordre du gouvernement. Sur le mur, un graffiti dénonce « le gouvernement français, au nom de la discrimination ».

Ce qui frappe dans cette séquence, en plus de l’arbitraire des mesures, c’est la manière de les prendre. Les décisions tombent toujours à la dernière minute, une fois les stands montés et payés ; les murs noirs sont ajoutés la nuit, à la veille de l’ouverture. Au plus fort de l’affaire de 2024, un acteur du dossier résumait le malaise auprès de BFM Business : « personne ne voulait assumer cette décision. »

Cette difficulté à assumer n’est pas neuve. Le 12 novembre 2023, alors que plus de 100 000 personnes défilaient à Paris contre l’antisémitisme, en pleine flambée d’actes anti-juifs, Emmanuel Macron avait choisi de ne pas marcher, se disant présent « par le cœur et la pensée ». François Mitterrand, lui, avait défilé en 1990 après la profanation du cimetière juif de Carpentras.

Cette fermeté envers Israël contraste avec les égards réservés à d’autres clients. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte exposent sans la moindre entrave dans les salons français, alors que la France leur a livré pour plus de 21 milliards d’euros d’armes entre 2015 et 2022, des canons CAESAR aux missiles SCALP en passant par des kits de bombes guidées, dont une partie a nourri la guerre au Yémen, l’une des pires catastrophes humanitaires du siècle. Seules la Russie et la Biélorussie sont, elles, bannies en bloc des salons français, et ce depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.

La Vème République a déjà connu un président ouvertement hostile à Israël : Charles de Gaulle. Après la guerre des Six Jours, en 1967, il décrète un embargo sur les armes à destination de l’état hébreu, retient des Mirage déjà payés et bloque à Cherbourg des vedettes lance-missiles commandées par Israël.

Cet embargo était lui aussi « sélectif », visant d’abord les armes offensives. Mais De Gaulle l’assumait pleinement, au nom d’une politique arabe qu’il revendiquait et tenait dans la durée. C’est toute la différence : il faisait un choix géopolitique et le défendait devant le pays. Le gouvernement Macron rejoue la même partition sans le courage, masquant des stands de nuit et reculant dès qu’un tribunal le rappelle au droit. C’est une minable singerie.

Le gouvernement Macron n’est peut-être pas le plus brutal que la France ait opposé à Israël. Il est sans doute le plus constant et le plus lâche. En deux ans, l’hostilité s’est installée en habitude : une décision qu’on impose en coulisses, qu’on dément à la première résistance, et qu’on n’assume jamais au grand jour.

Si on regarde les choses clairement, sur l’ensemble du dossier proche-oriental, la diplomatie française a choisi son camp : reconnaissance de l’état de Palestine à l’ONU en septembre 2025, appel public à cesser les livraisons d’armes à Israël en pleine guerre, multiplication des demandes de cessez-le-feu que Benyamin Nétanyahou jugeait prématurées.

Cette ligne a fini par coûter à la France sa place : en avril 2026, Israël l’a écartée des négociations directes avec le Liban, jugeant Paris « partial » après une année de conduite hostile, et la médiation s’est faite sous la seule houlette américaine. On retrouve la même attitude à l’égard de l’Iran, principal soutien du Hezbollah et du Hamas.

Le tableau est cohérent, et il tombe au pire moment : alors que l’antisémitisme bat des records en France, avec plus de 1 500 actes recensés en 2024, un palier sans équivalent depuis vingt-cinq ans, la posture de l’état semble apporter une caution. Quand le sommet de la République traite Israël en paria, il envoie un signal que la rue entend.

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