Portrait

Portrait : Rima Hassan, l’immunité totale

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Portrait de Rima Hassan, eurodéputée LFI au Parlement européen

Née en Syrie d’un père militaire du régime Assad, devenue eurodéputée LFI en revendiquant un statut de réfugiée palestinienne, Rima Hassan a accumulé 1,8 million de followers, douze plaintes et zéro condamnation. Son parcours ne se résume pas à un itinéraire personnel. Il révèle la mécanique d’une époque où l’identité proclamée neutralise l’examen critique, où l’immunité parlementaire protège la désignation de cibles, et où le campisme tient lieu de pensée.

Parcours

1992

Naissance au camp de Neirab, en Syrie. Son père Ahmad est mécanicien dans l’armée de l’air de Bachar al-Assad, un engagement volontaire. Sa mère appartient à la famille Hananu, bourgeoisie syrienne d’Alep. Le statut de « réfugiée palestinienne » que Hassan revendiquera est juridiquement fragile : elle est née en Syrie, d’un père lui-même né en Syrie.

2001

Arrivée en France, à Niort, à neuf ans. Naturalisée française en 2010. À aucun moment de sa carrière publique, Hassan ne prononcera un mot de critique contre le régime d’Assad, responsable de la mort de plus de 400 000 Syriens. Ce silence durera un quart de siècle.

2016

Entrée à l’OFPRA puis à la CNDA, les juridictions françaises de l’asile, où elle accède à des informations sensibles sur les demandeurs d’asile. Salaire déclaré : 25 884 euros annuels.

2019

Création de l’Observatoire des camps de réfugiés, structure entièrement bénévole. Aucun bilan financier public, dons collectés via HelloAsso. L’opacité totale de l’association ne sera jamais questionnée par les médias.

2023

Année charnière. Forbes la sélectionne parmi les « 40 femmes » avant d’annuler la cérémonie après la polémique sur ses positions post-7 octobre. Hassan fonde Action Palestine France, rejoint LFI. La machine politique est en marche.

Mai 2024

Conférence à Tunis aux côtés de Sami Abu Zuhri (Hamas Afrique du Nord), Yousef Hamdan (Hamas Algérie), du FPLP et du Djihad islamique. Quatre organisations classées terroristes par l’Union européenne. Hassan pose, échange, ne manifeste aucune réserve.

Juin 2024

Élue eurodéputée, septième sur la liste LFI. Elle éclipse Manon Aubry et devient le visage médiatique du mouvement. L’immunité parlementaire européenne entre en vigueur.

Juin 2025

Embarque sur la flottille Madleen avec Zaher Birawi, sanctionné par le Trésor américain le 21 janvier 2026 comme membre fondateur de la PCPA, façade politique du Hamas. Des documents Hamas récupérés à Gaza établissent le financement de la flottille par l’organisation terroriste. Son co-passager Thiago Ávila a assisté aux funérailles de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, et participé au sommet Gaza organisé à Téhéran.

5 février 2026

Publie sur X : « Aux sionistes qui me lisent, vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous. Et ça vous suivra et hantera jusqu’à la fin des temps. » Puis, quelques heures plus tard : « Les Israéliens se comportent comme des nazis. » Saisine du procureur par Shannon Seban, élue à Rosny-sous-Bois. Condamnations de la LICRA, du premier ministre Bruno Retailleau et du B’nai B’rith France.

12 février 2026

Conférence à Sciences Po Lyon. En marge de l’événement, Quentin Deranque, 23 ans, est lynché par au moins six individus cagoulés identifiés comme membres de la Jeune Garde, un groupe d’extrême gauche. Il décède de ses blessures deux jours plus tard. Europe 1 rapporte que Hassan a été « récupérée à la gare par la Jeune Garde ». Cinq des six suspects sont identifiés, fichés S. Aucune interpellation.

L’identité comme système

Le cadre intellectuel de Rima Hassan tient en un concept : le campisme. Dans cette grille de lecture héritée de l’anti-impérialisme tiers-mondiste, le monde se divise en oppresseurs occidentaux et opprimés du Sud global. Israël est l’avant-poste colonial, la Palestine la cause sacrée, et toute alliance contre l’Occident est par définition légitime. Ce cadre explique le silence sur Assad, allié de l’axe anti-occidental. Il explique la proximité avec le Hamas et les proxies iraniens, ennemis d’Israël donc alliés objectifs. Il explique le refus de qualifier le 7 octobre de terrorisme : « En dehors du monde occidental, personne ne rattache le 7 octobre au terrorisme », déclarait-elle le 21 août 2024. Il explique l’exigence que le 7 octobre soit « recontextualisé avant d’être puni ». Il explique l’appel lancé le 18 décembre 2024 : « Tout Franco-Palestinien doit pouvoir rejoindre la résistance palestinienne armée. » Et il explique la comparaison des Israéliens aux nazis. Dans un cadre où l’oppresseur est absolu, la comparaison ultime n’est pas un dérapage. C’est un aboutissement.

« Le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international. »

— Rima Hassan, Sud Radio, 27 février 2025

Derrière l’image de la militante solitaire, un réseau. Le premier fil est financier : Kamel Lazaar, milliardaire tuniso-suisse basé à Riyad, a versé 10 000 euros pour un livre de Hassan et financé l’exposition Nakba Survivor. L’éditeur des Équateurs et Hassan donnent des versions contradictoires sur le cadre exact de ce financement. La question de la non-déclaration au Parlement européen reste ouverte. L’entourage direct inclut Shahin Hazamy, influenceur franco-iranien lié à la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution, arrêté pour apologie du terrorisme, qui a assisté aux funérailles de Nasrallah à Beyrouth. Pas un contact distant : le premier cercle. Zaher Birawi, compagnon de la flottille Madleen, est sanctionné par l’OFAC américain comme membre fondateur de la PCPA, façade politique du Hamas. La commission d’enquête parlementaire de décembre 2025 a établi que Hassan a reçu au Parlement européen des représentants de Lallab et de la FEMYSO, deux structures liées aux Frères musulmans. Chaque fil tiré mène vers le même nœud.

La piste algérienne éclaire un autre pan du réseau. Hassan a voté contre la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, par 533 voix pour et 24 contre. François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR, qualifie ses amendements d’« écrits ou inspirés directement par Alger ». Hassan a déclaré publiquement que « l’Algérie est et restera la Mecque des révolutionnaires ». Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, la qualifie d’« alliée du régime algérien ». Paul Amar, sur CNews en juin 2025, affirme qu’elle « était une agente de la Syrie » et « s’est mise au service de l’Algérie ». Sahel Intelligence évoque un financement algérien de cinq millions de dollars, une allégation non corroborée mais que les connexions documentées rendent plausible. L’ascension financière accompagne l’ascension politique : de 25 884 euros annuels à la CNDA à environ 10 752 euros bruts par mois au Parlement européen. La question n’est pas tant ce qu’elle gagne que ce qu’elle ne déclare pas.

Le cyberharcèlement fonctionne avec une régularité mécanique. Le processus est toujours identique : désignation nominative d’une cible devant 1,8 million de followers, déferlement de masse, condamnation de façade après coup, mais les tweets restent en ligne. Robin Korda, journaliste au Parisien, se voit accusé de suivre « la piste du Mossad » en février 2026. Hassan invite ses followers à « taper Israel + génocide » sur le compte du journaliste. Résultat : menaces de mort, insultes antisémites. Le Parisien porte plainte. François-Xavier Bellamy reçoit un « Tremblez. Ce n’est que le début » suivi de « Ça ne va pas durer » en juillet 2024. L’imam Hassen Chalghoumi est inscrit sur une liste avec des coches en août 2025, ce que ses avocats qualifient de « fatwa numérique ». Isabelle Morini-Bosc, chroniqueuse, se voit attribuer des propos qu’elle n’a jamais tenus et reçoit des centaines de messages violents. Laurent Duplomb, sénateur LR, est traité d’« ordure » en février 2026, son adresse e-mail publiée, Hassan appelant à son emprisonnement. Gérard Larcher, président du Sénat, porte plainte. Charlotte Gainsbourg est exposée publiquement pour ses abonnements Instagram. La mort de Quentin Deranque à Lyon n’est pas le fait de Hassan. Le climat qui l’a rendue possible, si.

Le récit biographique lui-même fonctionne comme dispositif politique. Hassan se présente comme réfugiée palestinienne. Elle est née en Syrie, d’un père né en Syrie, engagé volontaire dans l’armée d’Assad, d’une mère de la bourgeoisie alépine. En 2024, elle effectue deux voyages en Syrie sans aucune difficulté d’accès, un privilège quasi impossible pour un citoyen français ordinaire. Ce n’est pas le parcours d’une réfugiée. C’est le parcours d’une personne connectée au régime. L’identité revendiquée, décalée par rapport aux faits, opère un double mouvement : bouclier, puisque toute critique devient attaque contre une « réfugiée », et arme, puisque cette identité confère une autorité morale que les faits ne soutiennent pas.

Face à tout cela, l’impunité est un fait. Douze plaintes documentées, zéro condamnation, zéro renvoi devant un tribunal. Le 16 avril 2025, Hassan est auditionnée pendant onze heures et trente minutes par la BRDP pour apologie du terrorisme et menaces. Aucune suite. 51 députés Renaissance et 94 sénateurs ont demandé la levée de son immunité parlementaire. Le Parlement européen exige une demande judiciaire formelle. Le parquet n’en a envoyé aucune. L’impasse est complète. Le mécanisme conçu pour protéger la liberté d’expression des élus protège désormais la désignation de cibles et la légitimation d’organisations terroristes. L’impunité n’est pas un accident. C’est le produit d’un système que Hassan n’a pas inventé, mais qu’elle a compris avant tout le monde.

À retenir

  • Le campisme comme cohérence. La logique de Rima Hassan n’est pas humanitaire, elle est géopolitique. Chaque alliance, chaque silence, chaque refus de condamner s’inscrit dans un cadre anti-occidental rigide où l’ennemi d’Israël est un allié par définition. Ce cadre intellectuel, hérité du tiers-mondisme, explique aussi bien le silence sur Assad que la proximité avec le Hamas, la comparaison des Israéliens aux nazis que la légitimation du 7 octobre. La cohérence est totale. C’est elle qui devrait inquiéter.
  • L’immunité comme faille systémique. Douze plaintes, zéro condamnation : le parcours judiciaire de Hassan révèle moins sa personne que l’impuissance des institutions. Le Parlement européen, conçu pour protéger le débat démocratique, fonctionne ici comme bouclier pour la désignation de cibles et la légitimation d’organisations terroristes. 145 parlementaires français ont demandé la levée d’immunité. Le parquet n’a pas transmis de demande formelle. Le système protège ce qu’il devrait combattre.
  • L’identité proclamée contre les faits documentés. Hassan illustre un phénomène qui dépasse sa personne : la construction d’une identité victimaire comme outil politique. Née en Syrie d’un père militaire du régime Assad, issue de la bourgeoisie alépine, elle se présente comme réfugiée palestinienne et transforme toute contestation en agression. Que vaut une démocratie où la biographie revendiquée pèse plus que la biographie vérifiable, et où la compassion instrumentalisée rend l’examen critique impossible ?

Photo : © European Union 2024 / Wikimedia Commons

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