Les faits. En février 2026, un débat sur LCI oppose la journaliste Noémie Halioua au reporter Gallagher Fenwick sur le régime iranien. Celui-ci réprime un soulèvement populaire dans le sang : plus de 30 000 morts selon certaines estimations.
L’idée implicite. Critiquer le régime iranien reviendrait à s’aligner sur Washington et Tel-Aviv.
Notre décryptage. Ce réflexe n’a rien de neuf. De Radio Paris aux fans de Khomeini, la haine de l’Occident a toujours servi d’alibi aux pires complaisances.
Débat sur LCI avec Gallagher Fenwick.
Oui, le régime iranien est le plus grand agent déstabilisateur du Moyen-Orient. Il massacre son peuple et répand du terrorisme dans le monde entier.
Si ce regime sombre, je n'irai pas pleurer sur sa tombe. pic.twitter.com/JxSFAEujXl
— Noémie Halioua (@NaomiHalll) February 16, 2026
Noémie Halioua, journaliste et ancienne correspondante de guerre, n’a pas mâché ses mots : « Le régime iranien est le plus grand agent déstabilisateur du Moyen-Orient. Il massacre son peuple et répand du terrorisme dans le monde entier. » 500 likes, 122 retweets. La phrase touche un nerf. Mais elle déclenche aussi la réaction de ceux pour qui toute critique de Téhéran relève de la propagande atlantiste.
Ce réflexe mérite qu’on s’y arrête. Il ne s’agit pas d’un désaccord géopolitique ordinaire. C’est un phénomène récurrent de l’histoire française : au nom de l’opposition à l’Occident, certaines voix finissent par couvrir des régimes qui nient la dignité humaine.
L’Iran des mollahs n’est pas un simple « acteur régional ». C’est un appareil de terreur qui a armé tout le Moyen-Orient :
- Hezbollah (Liban) : jusqu’à 150 000 missiles à son apogée
- Hamas (Palestine)
- Houthis (Yémen)
- Milices chiites (Irak et Syrie)
La chute d’Assad fin 2024 a coupé ce réseau. La destruction des sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan lors de la guerre des douze jours (juin 2025) a révélé sa fragilité.
De Radio Paris à Radio Téhéran
L’histoire offre un miroir cruel. Radio Paris, entre 1940 et 1944, employait plus de mille personnes au service de la propagande nazie. Philippe Henriot, le « Goebbels français », y convainquait chaque jour les Français que la soumission à l’ordre nouveau était dans leur intérêt. Jean Hérold-Paquis y appelait à la destruction du Royaume-Uni.
Ces hommes ne se voyaient pas comme des traîtres. Ils se croyaient lucides. Pour eux, l’ennemi n’était pas l’occupant nazi, mais les Alliés qui bombardaient la France depuis Londres.
En 1979, Michel Foucault écrit une quinzaine d’articles enthousiastes sur la « révolution spirituelle » iranienne. Il rencontre Khomeini en exil près de Paris. Sartre qualifie le nouveau régime de « mouvement anti-impérialiste ». Beauvoir se rend à Téhéran. En quelques mois, le régime qu’ils célébraient exécutera des homosexuels, voilera de force les femmes et liquidera la gauche iranienne.
La mécanique est toujours la même. On désigne un ennemi : l’Occident. On décrète que tout ce qui s’y oppose mérite l’indulgence. Et on ferme les yeux sur les cadavres. Sartre avait défendu l’URSS avant de rompre après Budapest en 1956. Il aura fallu des chars soviétiques dans une capitale européenne pour briser le charme. Combien de morts iraniens faudra-t-il ?
Le campisme, cette paresse qui tue
On objectera que l’analogie avec Radio Paris est asymétrique : pas d’occupation ici, pas de collaboration formelle. C’est vrai. Mais la mécanique psychologique est la même : la conviction que dénoncer les crimes d’un ennemi de l’Occident revient à « faire le jeu » de Washington.
Cette logique s’appelle le « campisme ». Elle traverse aussi bien une frange de LFI que des courants d’extrême droite pro-Poutine. Son postulat est d’une pauvreté confondante : le monde serait divisé en deux camps, et il suffirait de choisir le bon.
« Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. »
— Pierre Dac, humoriste et résistant, Radio Londres, 1943
Pierre Dac avait trouvé la formule. Les collaborateurs des ondes mentaient. Pas toujours en inventant des faits, mais par omission systématique. Ils transformaient les bourreaux en résistants et les victimes en agents de l’étranger.
Aujourd’hui, pendant que des Iraniens meurent au cri de « Femme, Vie, Liberté », pendant que l’ONU adopte une résolution d’enquête urgente, une partie du discours français relativise. Le régime serait « complexe ». La situation serait « nuancée ». Il faudrait « comprendre le contexte ».
Soyons clairs : la complexité du Moyen-Orient n’oblige pas à suspendre le jugement moral face à un régime qui tire sur son peuple. L’anti-occidentalisme n’est pas une posture sophistiquée. C’est une tradition de lâcheté morale. Henriot avait ses raisons, Sartre les siennes, Foucault les siennes. Tous pensaient servir une cause supérieure. Tous ont fini du mauvais côté de l’histoire. Les campistes d’aujourd’hui feraient bien d’y réfléchir. L’histoire a le jugement implacable.




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