Enquête

Chômage des jeunes à 21,5 % : le plein-emploi promis par Macron, bilan d’un échec statistique

Chômage des jeunes en France : un jeune devant un panneau d'offres d'emploi vide dans une agence France Travail

La donnée. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,5 % au quatrième trimestre 2025, selon l’INSEE. C’est 2,8 points de plus en un an, et 6,8 points au-dessus de la moyenne européenne.

Ce qu’elle révèle. La France a doublé ses dépenses ciblées jeunes entre 2017 et 2023, passant de 3,4 à 7,3 milliards d’euros. Le chômage des jeunes remonte. La Cour des comptes conclut que les incitations financières directes n’ont « presque aucun effet » sur le taux d’emploi des jeunes. Le problème n’est pas le montant. C’est le modèle.

21,5 %. Le chiffre est tombé le 10 février 2026, publié par l’INSEE. Plus d’un jeune actif sur cinq est au chômage en France. Dans le même temps, l’Allemagne affiche 6,8 %. Les Pays-Bas, 9,2 %. L’écart n’est pas conjoncturel. Il est structurel.

5 %, 7,9 %, 21,5 % : trois chiffres, un même échec

Emmanuel Macron avait fixé l’objectif lors de la campagne présidentielle de 2022 : un taux de chômage global à 5 % d’ici 2027. Il l’a réaffirmé en 2024. Le chômage toutes classes d’âge atteint 7,9 % fin 2025. La Banque de France prévoit 7,8 % en moyenne annuelle 2026. L’OFCE anticipe un passage au-dessus de 8 % début 2026. Le plein-emploi s’éloigne, trimestre après trimestre.

Pour les jeunes, la dégradation est plus brutale.

21,5 %
Chômage 15-24 ans
T4 2025, +2,8 pts sur un an (INSEE)
7,3 Md€
Dépenses emploi jeunes
2023, x2,1 vs 2017 (Cour des comptes)
14,7 %
Moyenne UE jeunes
Décembre 2025, France +6,8 pts au-dessus

Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, avait lui-même concédé en mars 2024 que l’objectif des 5 % ne serait pas atteint. L’aveu était discret. Les chiffres, eux, ne le sont pas. La France affiche 1,8 point de chômage de plus que la moyenne de la zone euro (6,1 %). Le taux d’emploi global des 15-64 ans reste élevé, à 69,4 %, quasi-record historique. Mais ce chiffre masque une fracture générationnelle que les moyennes nationales dissolvent.

Le mirage 2017-2022 et le retournement

Le premier quinquennat Macron a créé deux millions d’emplois et fait baisser le chômage de 9 % à 7 %. Pour les jeunes, le taux est passé d’environ 22 % fin 2017 à 17-18 % fin 2022, son point bas. Que s’est-il passé ensuite ?

Le levier principal était l’alternance subventionnée. Les contrats d’apprentissage ont presque triplé en six ans : 305 000 en 2017, 852 000 en 2023, un record de 870 000 en 2024. L’État payait jusqu’à 6 000 euros par contrat. Chaque apprenti en poste était un chômeur de moins dans les statistiques. Le mécanisme a fonctionné, tant que les aides coulaient.

Chômage des 15-24 ans et dépenses emploi jeunes (2017-2025)
Période Taux chômage 15-24 ans Contrats apprentissage Dépenses ciblées jeunes
T4 2017 ~22 % 305 000 3,4 Md€
T4 2022 ~17-18 % 852 000 7,3 Md€
Moy. 2024 18,8 % 870 000
T4 2025 21,5 % -3,3 % sur un an

Sources : INSEE (taux de chômage), DARES/POEM (contrats), Cour des comptes (dépenses)

Puis le gouvernement a réduit les aides : de 6 000 euros uniformes à 5 000 euros pour les PME et 2 000 euros pour les grandes entreprises. Les contrats d’apprentissage ont reculé de 3,3 % sur un an à fin septembre 2025 (DARES/POEM). Les offres d’alternance ont chuté de 12 % selon le baromètre Hellowork. L’INSEE estime que cette réduction des aides explique environ deux tiers des 61 000 destructions de postes privés au troisième trimestre 2025.

Le mécanisme se lit clairement : subventionner massivement crée de l’emploi statistique. Réduire les subventions le détruit. L’emploi réel, celui qui survit sans perfusion publique, n’a pas bougé.

Vladimir Passeron, chef du département Emploi de l’INSEE, note que « les jeunes en formation initiale contribuent fortement à la hausse du chômage des jeunes ». Dit autrement, les anciens apprentis subventionnés basculent dans le chômage quand les aides diminuent. Le cercle est vicieux, et il est coûteux.

7,3 milliards pour rien : le verdict de la Cour des comptes

Le rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes pose un diagnostic sans ambiguïté.

« Les incitations financières directes, aides à l’embauche et emplois francs, n’ont presque aucun effet sur le taux d’emploi des jeunes. »

— Cour des comptes, rapport public annuel 2025

Les dépenses ciblées jeunes ont été multipliées par 2,1 entre 2017 et 2023. Le plan « 1 jeune, 1 solution », lancé en juillet 2020 pour un coût estimé à 9,7 milliards d’euros, affiche un bilan qualifié d’« inégal » par la Cour. Le Contrat d’Engagement Jeune (CEJ), lancé en mars 2022, comptait 186 400 bénéficiaires fin 2023, mais seulement 150 400 fin 2024, soit une chute de 19,3 %. Son taux de sortie en emploi durable plafonne à 42 % selon l’IGAS en 2023. Plus révélateur encore : 56 % des bénéficiaires du CEJ ont un diplôme. Le dispositif censé cibler les plus éloignés de l’emploi rate sa cible. Plus d’un tiers des bénéficiaires ne satisfont même pas l’obligation de 15 heures d’activité hebdomadaire, toujours selon l’IGAS.

La Cour reconnaît que le CEJ « produit des résultats plus significatifs » que les aides directes. Mais cette nuance ne change pas le diagnostic d’ensemble : la France dépense davantage, pour des résultats qui se dégradent. Le problème n’est pas budgétaire. Il est systémique.

Combien d’autres pays obtiennent mieux, avec moins ?

France, Allemagne, Pays-Bas : le coût de la rigidité

La comparaison européenne éclaire ce que les données nationales ne montrent pas seules. En décembre 2025, le taux de chômage des jeunes en France dépasse celui de la moyenne de l’Union européenne de près de 7 points.

Taux de chômage des 15-24 ans en Europe (décembre 2025)

France

21,5 %

Moyenne UE

14,7 %

Pays-Bas

9,2 %

Allemagne

6,8 %

Source : Eurostat, décembre 2025

L’Allemagne fait trois fois mieux que la France. L’écart ne s’explique pas par la conjoncture. Il tient à un modèle. Le système dual allemand intègre 86 % des élèves du secondaire dans des programmes combinant travail et école. L’entreprise recrute d’abord, la place en formation en découle. En France, c’est l’inverse : les CFA sélectionnent d’abord, et le jeune cherche ensuite une entreprise. La logique est inversée, et les résultats aussi.

Le coût du travail amplifie le fossé. Les charges patronales représentent 35,75 % du salaire brut en France, soit 16 077 euros par salarié. En Allemagne : 18,91 %, soit 8 510 euros. Pour un employeur français, embaucher un jeune coûte presque deux fois plus cher en charges qu’outre-Rhin. L’alternance subventionnée compense artificiellement cet écart. Quand la subvention diminue, le surcoût structurel réapparaît.

Le système allemand n’est pas transposable tel quel. Il repose sur des traditions professionnelles construites sur des décennies, un tissu de PME industrielles dense et une culture de l’apprentissage ancrée dès l’âge de 10-11 ans. Mais il démontre une chose : un marché du travail où les charges sont deux fois moindres et où l’entreprise forme directement produit trois fois moins de chômeurs jeunes. La corrélation ne vaut pas causalité. Elle vaut question.

Ce que les données révèlent

France Travail, héritier de Pôle emploi depuis la loi « Plein emploi » de décembre 2023, devait incarner le renouveau. L’inscription automatique des allocataires RSA et des jeunes en mission locale a gonflé les statistiques : +23,6 % de jeunes en catégorie A sur un an. La DARES estime que sans cet effet de périmètre, la hausse serait de 1,7 %, pas de 6,8 %. Mais l’organisme lui-même est sous tension. Le syndicat CFE-CGC décrit « une véritable crise de confiance de ses salariés ». Sur 330 comités locaux prévus, une centaine seulement sont opérationnels.

Le marché de l’emploi, lui, se contracte. L’Unédic prévoit 49 000 destructions nettes en 2025. L’OFCE anticipe 245 000 destructions nettes dans le secteur marchand d’ici fin 2026. La part des NEET, ces jeunes de 15-29 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation, atteint 12,9 % au quatrième trimestre 2025, contre 11 % en moyenne européenne. Un jeune français sur cinq âgé de 15 à 34 ans a abandonné des études, contre 14 % dans l’Union européenne selon l’INSEE (février 2026). Parmi eux, 23 % sont au chômage ou dans son halo.

Méthodologie

Les taux de chômage proviennent de l’enquête Emploi de l’INSEE (T4 2025, publiée le 10 février 2026) pour la France et d’Eurostat (décembre 2025) pour les comparaisons européennes. Le chômage est mesuré au sens du BIT (15-24 ans actifs, donc hors étudiants non en recherche d’emploi). Les données de dépenses proviennent du rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes (périmètre : dépenses ciblées jeunes, hors dépenses générales d’emploi). Les contrats d’apprentissage sont comptabilisés par la DARES/POEM. Les charges patronales sont issues d’Eurostat (coût horaire du travail). Les comparaisons internationales portent sur des définitions harmonisées Eurostat. Limite principale : le taux de chômage des 15-24 ans porte sur les seuls actifs, ce qui exclut les étudiants à temps plein et peut amplifier les variations.

Les données dessinent un schéma récurrent. La France subventionne massivement, obtient une amélioration temporaire, puis voit les chiffres remonter dès que les aides diminuent. Le premier quinquennat Macron a injecté des milliards dans l’alternance. Le chômage des jeunes a baissé. Les aides ont été réduites. Le chômage remonte. La structure, elle, n’a pas changé : charges parmi les plus élevées d’Europe, système de formation inversé par rapport au modèle dual, et un appareil administratif qui absorbe les moyens sans produire les résultats.

En Allemagne, un employeur paie 8 510 euros de charges patronales annuelles par salarié. Le taux de chômage des jeunes y est de 6,8 %. En France, ces charges s’élèvent à 16 077 euros. Le chômage des jeunes atteint 21,5 %. Entre les deux, il y a 7,3 milliards d’euros de dépenses ciblées par an, un rapport de la Cour des comptes qui dit qu’elles ne servent à rien, et un jeune actif sur cinq sans emploi.

Emmanuel Macron devait être le président de la modernité, celui qui ferait entrer la France dans le XXIe siècle économique. Pour faire baisser le chômage des jeunes, il a utilisé la ficelle la plus ancienne et la plus grossière du répertoire socialiste : subventionner massivement des emplois artificiels, gonfler les statistiques, puis revendiquer la victoire. Quand les subventions s’arrêtent, le décor tombe. Les chiffres de février 2026 mesurent exactement cela : non pas un accident conjoncturel, mais le prix d’une politique qui a préféré l’affichage à la réforme.

Le plein-emploi n’est pas une question de moyens. C’est une question de ce qu’on en fait.

Partager :