Les faits. Le 2 mars 2026, la cour d’assises spéciale d’appel de Paris a condamné les quatre complices de l’assassinat de Samuel Paty. Sefrioui (15 ans) et Chnina (10 ans) pour association de malfaiteurs terroriste. Mais Boudaoud et Epsirkhanov, condamnés en première instance à 16 ans pour complicité d’assassinat terroriste, voient leurs peines ramenées à 6 et 7 ans pour simple association de malfaiteurs de droit commun. Après cinq ans de détention provisoire, ils sortent libres.
Le sous-texte. Les logisticiens n’étaient pas des terroristes, juste des amis imprudents. La proportionnalité des peines aurait été restaurée.
Ce que nous en disons. C’est un antiterrorisme qui sanctionne la parole mais libère la main. On peut conduire un djihadiste devant sa cible et l’aider à acheter un couteau sans être un terroriste. La clémence de la cour d’appel est une capitulation.
Rappelons la séquence. Naïm Boudaoud a conduit Abdoullakh Anzorov devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine le jour du meurtre et l’a aidé à acheter un couteau. Azim Epsirkhanov l’a aidé à acquérir le pistolet airsoft qui complétait l’arsenal. En première instance, la cour avait jugé que ces deux hommes « connaissaient la dangerosité de leur ami » et lui avaient fourni « une aide logistique directe ». Seize ans chacun. En appel, la complicité d’assassinat terroriste disparaît. Le mot « terroriste » s’efface du dossier de ceux qui ont physiquement escorté le tueur jusqu’à sa cible. Six ans. Sept ans. Sortie libre.
On punit le verbe, on libère la main
La cour maintient que Chnina et Sefrioui sont des terroristes. Chnina a lancé la cabale numérique sur la base d’un mensonge : sa fille, absente du cours pour cause d’exclusion disciplinaire, avait prétendu que Paty avait « demandé aux élèves musulmans de quitter la classe ». C’était faux. Sur cette fabrication, Sefrioui a orchestré la campagne de haine. La cour consacre la « fatwa numérique » comme acte terroriste — une avancée réelle. Mais elle opère une distinction que la logique peine à suivre : ceux qui ont fabriqué l’intention de tuer à distance restent terroristes, ceux qui ont matériellement accompagné le passage à l’acte n’en sont plus. Poster une vidéo haineuse : terrorisme. Conduire le tueur devant l’école et l’aider à acheter l’arme : droit commun.
« Les faits que vous jugez sont parmi les faits les plus graves commis sur le territoire français depuis les dernières décennies. Il s’agit de l’application littérale de la charia sur le territoire français. »
Me Thibault de Montbrial, avocat de Mickaëlle Paty, sœur de Samuel Paty
La défense a plaidé l’ignorance. Boudaoud a déclaré qu’Anzorov l’avait « instrumentalisé ». L’argument est recevable dans un manuel de procédure. Dans la réalité, il se heurte à une séquence que la première instance avait jugée accablante : achat d’une arme, trajet en voiture jusqu’à l’école, le jour même de la décapitation. Pendant ce temps, Me Vuillemin, avocat de Sefrioui, a tenté un retournement victimaire obscène : accuser Samuel Paty de « discrimination des élèves musulmans », comparer la qualification terroriste à l’étoile jaune. Montbrial a trouvé le mot juste : « Dans un procès de viol, cela consisterait à dire : attendez, vous avez vu comment elle était habillée. » La stratégie a échoué pour Sefrioui. Elle a fonctionné, indirectement, pour les logisticiens.
Après les attentats de Londres en 2005, la justice britannique avait condamné des facilitateurs logistiques à des peines lourdes, y compris ceux qui affirmaient ignorer la cible finale. Le critère : l’aide matérielle apportée en connaissance du caractère dangereux de l’individu. La justice française, en 2026, pose un standard plus clément que celui appliqué outre-Manche il y a vingt ans.
À la lecture du verdict, les proches de Boudaoud et Epsirkhanov ont poussé des cris de joie dans la salle d’audience. La présidente a dû rappeler l’ordre. De l’autre côté, la famille Paty s’est dite « heurtée ». Voilà ce que produit la justice antiterroriste française en 2026 : un verdict qui fait hurler de joie les complices d’une décapitation et pleurer la famille de la victime. Ce n’est pas de la proportionnalité. C’est de la capitulation.



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