Primaire de droite ou des droites ?


L’affirmation. Plusieurs figures de la droite appellent à une primaire pour éviter l’éparpillement face au RN en 2027.

Le sous-texte. Le désaccord sur le périmètre de cette primaire révèle que la droite ne sait plus qui elle est. La question n’est pas comment s’unir, mais entre qui.

Trois camps, trois logiques, un seul objectif affiché : battre le Rassemblement national. Le 31 mars, David Lisnard quitte Les Républicains (LR) et se déclare candidat. Son projet : une primaire ouverte « du centre-droit à Reconquête ». Le problème, c’est que personne ne s’entend sur ce que « la droite » signifie.

Trois droites, trois primaires imaginaires

Le camp Lisnard-Zemmour-Wauquiez défend une primaire large, mais sans le centre. Éric Zemmour salue « la proposition intelligente de David Lisnard », à condition d’exclure « les héritiers du macronisme ». Le périmètre rêvé : les souverainistes, les conservateurs, les libéraux de droite. Un arc idéologique qui, dans les sondages, plafonne à 15-20 % de l’électorat.

Face à eux, Bruno Retailleau, candidat déclaré depuis février, refuse la primaire large. Il la résume en une phrase : « Qui imagine Bertrand soutenir Zemmour ? » Le sénateur préfère une désignation interne à LR. Le bureau politique du parti a d’ailleurs écarté la primaire ouverte le 24 mars, soumettant trois options aux adhérents pour le 18 avril.

Troisième voie : celle d’Éric Ciotti et de Marion Maréchal, qui jugent la primaire inutile. Pour eux, l’union passe par une coalition directe avec le RN. Ciotti qualifie l’exercice de « farce ». Maréchal invoque une « logique de coalition ». Autrement dit, pourquoi organiser une primaire quand on peut rallier le vainqueur annoncé ?

Le candidat viable est hors jeu

Le paradoxe est arithmétique. Le seul candidat de droite capable de battre Bardella au second tour, selon Odoxa, est Édouard Philippe. 47 % des Français le jugent « bon candidat » (Ifop). Mais Philippe est un ancien Premier ministre de Macron. Le périmètre Lisnard-Zemmour l’exclut par construction. Retailleau le combat sans convaincre. Ciotti lui oppose un camp adverse.

La droite se retrouve face à un choix structurel. Élargir le périmètre, c’est inclure des macronistes et perdre l’identité « anti-système » revendiquée depuis 2022. Le rétrécir, c’est garantir un score à un chiffre au premier tour. La primaire de 2016 avait mobilisé quatre millions de votants. Mais 27 % d’entre eux avaient ensuite voté Macron. La base électorale que la droite cherche à fédérer est, en partie, déjà partie.

« La droite est rattrapée par le syndrome d’autodestruction. »

— Agnès Evren, sénatrice LR

La sénatrice Evren nomme le mal sans en identifier la cause. La droite ne souffre pas d’un problème de méthode. Elle souffre d’un problème d’identité. Chaque camp dessine un périmètre qui, par définition, exclut les autres. La primaire n’est pas l’outil de l’unité. Elle en est le révélateur d’impossibilité.

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