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France | La sécurité, obsession n°1 des municipales 2026

Panneaux électoraux des municipales 2026 à Saint-Lô avec les affiches des six candidats
Infographie sur la sécurité municipale 2026 montrant 51 % de priorité, vidéosurveillance algorithmique et recrutements

52 % des électeurs français font de la sécurité leur priorité absolue pour les municipales 2026. En 2020, ils étaient 38 %. Le saut est brutal. Quatre instituts convergent : Odoxa-Verisure pour Le Figaro (52 %), Odoxa-Mascaret pour Public Sénat (51 %), Odoxa-Backbone (55 %), Elabe pour BFMTV (45 %). La sécurité écrase l’économie, la propreté, l’environnement. Elle domine dans tous les électorats sauf celui du NFP.

Les chiffres dessinent un pays qui ne fait plus confiance à l’État régalien. 59 % des Français déclarent avoir été victimes d’insécurité. 74 % estiment que les narcotrafiquants contrôlent certains territoires. 55 % font davantage confiance à leur maire qu’au gouvernement pour les protéger, quand seuls 23 % comptent encore sur l’exécutif. 90 % sont favorables aux amendes municipales contre le deal et l’occupation de halls.

Le phénomène redistribue les cartes électorales. À Lyon, Jean-Michel Aulas domine l’écologiste sortant Grégory Doucet de 17 points (47 % contre 30 %). À Marseille, le duel se resserre entre Benoît Payan (31 %) et Franck Allisio, candidat RN (29 %). À Paris, Rachida Dati capitalise sur le thème face à Emmanuel Grégoire. Le fait majeur : 56 % des électeurs se disent prêts à voter hors de leur camp habituel pour un bon programme sécuritaire. La sécurité ne connaît plus de fidélité partisane.

Les statistiques réelles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) pour 2024 valident en partie la perception. Sur 18 indicateurs de délinquance, sept sont en hausse. Violences sexuelles : +7 %. Viols : +9 %. Trafic de stupéfiants : +6 %. Usage : +10 %. Les homicides reculent (976 victimes, première baisse depuis 2020), mais la violence quotidienne, celle qui ronge les quartiers et qui tue parfois, progresse.

21 AVRIL 2002 : QUAND L’INSÉCURITÉ A FAIT BASCULER LA PRÉSIDENTIELLE

Manifestation anti-Le Pen du 1er mai 2002, Place de la République à Paris, foule dense brandissant des pancartes

Printemps 2002. La sécurité s’impose dans la campagne présidentielle après la fusillade du conseil municipal de Nanterre (27 mars, huit élus tués) et l’affaire Paul Voise, retraité d’Orléans dont la maison incendiée est diffusée en boucle sur LCI. Lionel Jospin, Premier ministre sortant, minimise le sujet. Le 21 avril, Jean-Marie Le Pen le dépasse de moins de 200 000 voix (16,86 % contre 16,18 %) et accède au second tour. 69 % des électeurs Le Pen citaient alors la délinquance comme leur préoccupation majeure.

En 2026, le schéma se répète : bond soudain de la sécurité en tête des priorités, gauche mal à l’aise sur le sujet, droite qui capitalise. Une différence : le bénéfice va aux candidats de droite classique, Dati à Paris, Aulas à Lyon, pas au RN, sauf à Marseille. Le 21 avril 2002 a montré ce qui arrive quand un camp politique décide que l’insécurité est un sujet de droite : il perd.

Photo : AFP / Joël Robine (via Slate.fr)

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