Les faits. Le 12 février 2026, Nerdeen Kiswani, fondatrice de l’organisation pro-palestinienne Within Our Lifetime, a demandé sur X que New York interdise les chiens comme animaux de compagnie au nom de l’islam. Face au tollé, elle a assuré que c’était « une blague ».
L’idée implicite. Ce n’est pas une blague. C’est un ballon d’essai : on avance une norme islamique dans l’espace public, on mesure la résistance, on recule si ça chauffe. En 2022, le maire d’Hébron a fait exactement la même chose — des primes pour tuer des chiens errants, puis « c’était une blague ».
Notre décryptage. Ni un cas isolé, ni un trait d’humour raté. C’est un mécanisme récurrent et documenté. Et le silence total d’Aymeric Caron — ami autoproclamé des animaux mais allié de ceux qui les méprisent — en dit long sur la hiérarchie des indignations à gauche.
« Enfin, New York se rapproche de l’islam. Les chiens ont une place dans la société, mais pas comme animaux d’intérieur. Comme nous l’avons toujours dit, ils sont impurs. » Ce 12 février, Nerdeen Kiswani ne lance pas ça en privé. Elle le publie sur X, devant des milliers d’abonnés, avec l’assurance de quelqu’un qui énonce une évidence. Le message est limpide : les chiens sont impurs selon l’islam, New York doit s’adapter. Et cette phrase — « New York se rapproche de l’islam » — ne laisse aucun doute sur le projet : il ne s’agit pas de s’intégrer dans la ville, mais d’aligner la ville sur une norme religieuse.
La mécanique du rétropédalage
Nerdeen Kiswani n’est pas une inconnue. Fondatrice en 2015 de Within Our Lifetime (WOL), elle dirige une organisation qui revendique l’élimination d’Israël « du Jourdain à la Méditerranée » et soutient ouvertement le Hamas sous couvert de « résistance par tous les moyens nécessaires ». En novembre 2023, WOL a diffusé une carte localisant des organisations juives de New York avec cette légende : « des soutiens du génocide travaillent parmi nous ». Élue « Antisémite de l’année 2020 » par StopAntisemitism.org, Kiswani avait dès 2014 relayé un communiqué du FPLP qualifiant une attaque à la hache dans une synagogue de Jérusalem — quatre morts — de « réponse naturelle ». On est loin du profil d’une humoriste.
Face au tollé, Kiswani a sorti la défense classique : « C’est évidemment une blague. » Son vrai sujet, dit-elle, c’était les déjections canines sur les trottoirs new-yorkais. L’excuse ne tient pas : si le problème est dans la rue, pourquoi demander l’interdiction des chiens comme animaux d’intérieur ? La « blague » n’est qu’une porte de sortie. Kiswani a d’ailleurs balayé les critiques en se moquant « des sionistes qui s’étranglent de rage », réduisant toute opposition à un complot adverse. Le procédé est transparent : on lance une idée, on jauge la réaction, et on bat en retraite si c’est trop chaud — tout en disqualifiant d’avance quiconque s’y oppose.
Et ce procédé a un précédent documenté. Sur le même sujet. Avec les mêmes mots. Selon le même scénario.
En novembre 2022, Tayseer Abu Sneineh, maire d’Hébron, a instauré une prime de 20 shekels — 5,60 dollars — par chien errant abattu et ramené à la mairie. Des vidéos ont immédiatement circulé, montrant des chiens battus et tués dans les rues. Le maire de Tulkarem, de son côté, avait encouragé ses administrés à tirer sur les chiens à vue. Quand le scandale a éclaté, Abu Sneineh a assuré à la BBC que c’était « de l’humour ». Détail : Abu Sneineh est un ancien terroriste condamné, impliqué dans l’attentat du 2 mai 1980 à Hébron — six morts, vingt blessés.
Deux continents, quatre ans d’écart, le même sujet, la même rhétorique, le même rétropédalage. À Hébron, la « blague » a laissé des cadavres de chiens. À New York, elle teste l’acceptabilité d’une norme religieuse dans une démocratie libérale. Cette répétition n’est pas une coïncidence. Elle s’inscrit dans une série documentée : à Lérida, en Catalogne, plus d’une douzaine de chiens ont été empoisonnés en 2011 dans des quartiers à forte population musulmane, tandis que deux associations islamiques locales réclamaient une « régulation de la présence canine ». Aux Pays-Bas, un élu municipal a demandé l’interdiction des chiens à La Haye. Partout en Europe, les refus de taxis opposés à des personnes aveugles accompagnées de chiens-guides se multiplient. Le chien — compagnon millénaire de la civilisation occidentale, figure de fidélité depuis les Romains — est devenu un terrain d’affrontement culturel.
Le silence assourdissant de l’ami des bêtes
Si un élu d’extrême droite avait proposé d’abattre des chiens errants ou de les bannir des foyers, Aymeric Caron serait monté au créneau immédiatement. Le député LFI, végan militant et fondateur de Révolution écologique pour le vivant, a fait de la cause animale son combat central. Son premier projet de loi visait l’abolition de la corrida. Il milite pour « l’abolition de l’exploitation animale sous toutes ses formes ». Toutes — sauf, visiblement, celles qui viennent de ses alliés politiques.
« Les chiens ont une place dans la société, mais pas comme animaux d’intérieur. Comme nous l’avons toujours dit, ils sont impurs. »
— Nerdeen Kiswani, fondatrice de Within Our Lifetime, 12 février 2026
Car Caron est aussi un défenseur acharné de la cause palestinienne. Posters d’enfants dans l’hémicycle, documentaire engagé, dénonciation d’un « génocide » à Gaza — sur ce terrain, sa voix porte. Mais quand le maire d’Hébron offrait des primes pour des cadavres de chiens en 2022, Caron n’a rien dit. Quand Kiswani réclame l’interdiction des chiens au nom de l’islam en 2026, Caron ne dit rien. Le militant antispéciste qui veut abolir toute exploitation du vivant se tait dès que le mépris des animaux vient du camp qu’il s’interdit de critiquer.
Ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix. Dans la grammaire idéologique de la gauche radicale, certaines catégories de population ne peuvent pas, par définition, faire le mal — même quand elles le font. L’activiste pro-palestinienne qui qualifie les chiens d’« impurs » ne commet aucune faute ; le maire palestinien qui met des chiens à prix ne commet aucune maltraitance. L’appartenance au camp des opprimés fonctionne comme une absolution permanente. Et c’est elle qui dicte la vraie hiérarchie des indignations : le multiculturalisme passe avant l’antispécisme, la solidarité de camp avant les convictions affichées.
Derrière les « blagues » qui ne font rire personne et les silences qui en disent long, un projet avance à découvert : l’imposition progressive de normes religieuses dans l’espace public des démocraties occidentales, portée par des activistes radicaux et couverte par la complaisance de ceux qui se disent défenseurs des droits universels. Il serait temps d’arrêter de rire.



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