Négociations avec l’Iran : l’erreur n’est pas la fermeté de Trump, mais l’illusion qu’un accord soit possible

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Salle de négociations diplomatiques à Istanbul avec vue sur le Bosphore
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Les faits. Le 6 février 2026, Steve Witkoff rencontrera à Istanbul Abbas Araghchi pour négocier sur le nucléaire iranien. Washington exige le démantèlement total du programme et la limitation des missiles. Téhéran accepte de discuter du premier point, refuse catégoriquement le second.

L’idée implicite. Un « bon accord » permettrait de résoudre pacifiquement la menace nucléaire iranienne tout en préservant la stabilité régionale.

Notre décryptage. Cette rencontre diplomatique ne fait que répéter l’erreur fondamentale du JCPOA de 2015 : croire qu’une théocratie islamiste fondamentaliste, dont le projet messianique chiite structure toute la politique étrangère depuis 45 ans, acceptera de renoncer à son principal instrument de puissance.

Quatre cents kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. C’est le stock que l’Iran a accumulé malgré les bombardements israélo-américains de juin 2025 qui ont partiellement détruit son infrastructure nucléaire. Un stock suffisant pour fabriquer plusieurs armes nucléaires après un enrichissement supplémentaire de quelques semaines. Face à cette réalité, Donald Trump déploie une armada navale dans le Golfe, durcit les sanctions et organise une rencontre à Istanbul avec le ministre iranien des Affaires étrangères. La presse internationale présente cette stratégie comme « trop dure », « risquée », voire « belliciste ». Elle se trompe de diagnostic. L’erreur de Trump n’est pas sa fermeté — c’est de croire encore qu’un accord avec ce régime soit possible.

Depuis l’annonce de la réunion du 6 février, les positions affichées dessinent un gouffre infranchissable. Washington exige le démantèlement complet du programme nucléaire, le transfert immédiat des 400 kg d’uranium enrichi, la limitation drastique des missiles balistiques et la fin du soutien aux milices terroristes — Hezbollah, Hamas, Houthis. Téhéran accepte de discuter du nucléaire, mais oppose un refus catégorique sur les missiles : « Les capacités de défense et missiles de l’Iran ne feront JAMAIS l’objet de négociations », a martelé Abbas Araghchi le 30 janvier. Le président Pezeshkian réclame des « négociations équitables, sans menaces ni demandes déraisonnables » — formule élégante pour rejeter toute concession substantielle tout en exigeant la levée des sanctions.

Le multilatéralisme angélique européen hors jeu

Une absence remarquable caractérise ces pourparlers : celle de l’Europe. Exclue de la table d’Istanbul, elle est réduite au rôle de commentateur moral. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a déclaré le 3 février que la France plaçait « la priorité à la fin de la répression, PUIS traiter du nucléaire ». Cette déclaration résume parfaitement pourquoi l’Europe n’a plus voix au chapitre : elle confond diplomatie et travail social, réalisme et catéchisme des droits de l’homme.

Le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), l’accord multilatéral négocié en 2015 avec l’aide décisive de l’Union européenne, devait encadrer le programme nucléaire iranien pour dix à quinze ans. Résultat : l’Iran a progressivement violé toutes les clauses de limitation, accumulant précisément ces 400 kg d’uranium hautement enrichi que Washington tente aujourd’hui de neutraliser. Lorsqu’un régime massacre au moins 6 000 manifestants en janvier 2026 selon l’ONG HRANA — des sources internes iraniennes évoquant jusqu’à 30 000 morts — et procède à plus de 50 000 arrestations, lui parler « d’abord des droits de l’homme » relève du déni stratégique. Les vrais interlocuteurs — États-Unis, Israël, États du Golfe — parlent le langage que comprend Téhéran : celui de la force et des rapports de puissance.

La Corée du Nord a négocié pendant trente ans. Accord-cadre de 1994, processus à six de 2003 à 2009, désarmement partiel en 2007 — à chaque étape, Pyongyang a gagné du temps, contourné les contrôles, poursuivi ses essais nucléaires. Aujourd’hui, le régime nord-coréen dispose d’un arsenal estimé entre 40 et 50 têtes nucléaires et de missiles intercontinentaux capables d’atteindre le territoire américain. Pas un seul régime totalitaire dans l’histoire contemporaine n’a renoncé volontairement à l’arme atomique une fois lancé dans cette voie. L’Union soviétique, la Chine, le Pakistan — tous ont franchi le seuil nucléaire malgré la pression internationale. Croire que l’Iran fera exception relève de l’angélisme.

Cette comparaison historique éclaire la nature véritable de l’exercice diplomatique qui s’ouvre à Istanbul. Non pas une négociation entre États poursuivant rationnellement leurs intérêts, mais un marchandage impossible entre une puissance cherchant à préserver l’ordre international et un régime dont le projet idéologique — l’expansion du chiisme révolutionnaire, la destruction d’Israël, la domination du Moyen-Orient — exige précisément la possession de l’arme nucléaire. La République islamique d’Iran n’est pas l’Afrique du Sud postapartheid qui a démantelé son arsenal après une transition démocratique. C’est une théocratie dont les dirigeants scandent « Mort à Israël » depuis 1979 et financent méthodiquement les organisations terroristes qui incarnent cette menace existentielle.

Pourquoi chaque jour de négociation rapproche de la bombe

Les missiles révèlent la duplicité fondamentale de la position iranienne. Téhéran possède plus de 2 000 missiles balistiques d’une portée de 1 700 à 2 500 kilomètres. En juin 2025, ces missiles ont tué 32 Israéliens lors d’une salve massive. Ils constituent aujourd’hui la menace principale pour l’État hébreu — l’Institut d’études nationales de sécurité d’Israël (INSS) le reconnaît ouvertement. Or l’Iran refuse absolument d’en discuter. Cette ligne rouge iranienne n’est pas négociable parce qu’elle touche au cœur du projet stratégique du régime : la capacité de frappe conventionnelle massive couplée, demain, à la menace nucléaire.

La doctrine chiite de la taqiya — la dissimulation légitime face à l’ennemi — n’est pas une curiosité théologique. C’est un principe opérationnel qui a structuré quarante-cinq ans de politique étrangère iranienne. Chaque engagement pris par Téhéran depuis 1979 dans le domaine nucléaire a été systématiquement contourné ou violé. Le JCPOA lui-même, présenté comme une victoire de la diplomatie, n’a fait que ralentir temporairement un programme qui n’a jamais cessé. L’économie iranienne s’effondre — le rial vaut 1 500 000 pour un dollar américain, soit une dévaluation de 97 % depuis 2015, l’inflation atteint 40 à 50 % — mais le régime maintient ses priorités stratégiques intactes. Un État rationnel aurait depuis longtemps choisi la prospérité économique plutôt que l’isolement nucléaire. Une théocratie millénariste calcule autrement.

« Si nous n’avons pas d’accord, probablement de mauvaises choses arriveraient. »

Donald Trump, 2 février 2026

Cette phrase, en apparence menaçante, révèle en réalité l’impasse stratégique américaine. Trump cherche un « deal » — c’est sa grammaire mentale de promoteur immobilier transposée à la géopolitique. Mais Téhéran ne négocie pas : il temporise, accumule, consolide. Chaque jour passé en pourparlers diplomatiques est un jour de plus vers la bombe. Les frappes israélo-américaines de juin 2025 ont tué plus de 1 000 Iraniens et détruit partiellement l’infrastructure nucléaire. Elles ont prouvé une chose : la solution militaire fonctionne. L’Irak en 1981 avec le bombardement du réacteur Osirak, la Syrie en 2007 avec la destruction d’un site nucléaire clandestin — à chaque fois, Israël a agi de manière préventive, et à chaque fois, la prolifération nucléaire a été stoppée.

La stratégie réaliste ne consiste pas à durcir les conditions de négociation. Elle consiste à reconnaître que négocier avec ce régime est structurellement vain et à agir en conséquence : frappes préventives massives pendant que l’Iran est affaibli, soutien actif au changement de régime — les manifestations de janvier 2026 ont montré qu’une opposition intérieure existe — et blocus naval total pour asphyxier définitivement l’économie. À Istanbul, la posture américaine devrait être simple : poser des exigences impossibles, laisser l’Iran les rejeter, transformer cet échec prévisible en justification pour l’escalade militaire nécessaire.

L’Iran ne peut pas avoir l’arme atomique. Non pas parce que ce serait « injuste » — la morale internationale est un luxe de temps de paix — mais parce qu’une théocratie fondamentaliste dotée de la capacité de destruction massive constitue une menace existentielle pour Israël et pour l’équilibre régional. La question n’est plus de savoir si la force sera employée, mais quand. Chaque jour de négociation supplémentaire est un jour perdu.

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