Mandats d’arrêt pour « génocide » : quand la justice française criminalise la défense d’Israël

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Palais de justice français avec statue de Marianne et balance symbolisant l'affaire des mandats d'arrêt
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Les faits. En juillet 2025, la justice française a émis des mandats d’arrêt contre deux militantes franco-israéliennes, Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou, pour « complicité de génocide ». Leur crime : avoir bloqué des convois humanitaires vers Gaza entre janvier 2024 et mai 2025, affirmant que l’aide était détournée par le Hamas.

L’idée implicite. Toute action entravant l’aide humanitaire à Gaza participerait d’un prétendu génocide, même si aucun tribunal n’a établi l’existence de ce génocide et même si les militantes dénonçaient le détournement de cette aide par une organisation terroriste.

Notre décryptage. Cette affaire illustre l’instrumentalisation du système judiciaire français par des associations militantes antisionistes qui étendent dangereusement le concept de génocide pour criminaliser toute défense d’Israël. Un précédent mondial sans fondement juridique, porté par des plaignants dont l’objectif est ouvertement politique.

Nili Kupfer-Naouri, 50 ans, avocate et présidente d’Israël Is Forever, ne peut plus mettre les pieds en France. Rachel Touitou, 34 ans, porte-parole du collectif Tsav 9, non plus. Toutes deux font l’objet de mandats d’amener émis par la justice française pour « complicité de génocide » et « provocation publique et directe au génocide ». Les faits reprochés ? Avoir participé à des blocages de camions transportant de l’aide humanitaire vers Gaza, filmé leurs actions, et affirmé publiquement que cette aide profitait au Hamas plutôt qu’aux civils gazaouis.

C’est la première fois au monde que des civils sont poursuivis pour complicité de génocide pour avoir bloqué de l’aide humanitaire dans le cadre d’actions de protestation politique. Un précédent qui ne doit rien au hasard : il résulte d’une stratégie coordonnée d’associations militantes visant à criminaliser le soutien à Israël sur le sol français.

Une campagne judiciaire orchestrée

À l’origine de cette procédure : l’Union juive française pour la paix (UJFP), association explicitement antisioniste selon Le Monde, accompagnée d’une citoyenne franco-palestinienne et du collectif Urgence Palestine. La plainte a été déposée le 26 novembre 2024, conduisant à l’ouverture d’une information judiciaire en mai 2025 par le Parquet national antiterroriste.

Cette plainte n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une campagne systématique menée par l’UJFP depuis un an : plainte en décembre 2024 contre un soldat franco-israélien pour crimes de guerre, plainte en juillet 2025 contre deux tireurs d’élite franco-israéliens, action en septembre 2025 contre des colons. Quatre plaintes en dix-huit mois, toujours portées par les mêmes associations, toujours devant le même pôle crimes contre l’humanité du tribunal de Paris.

Les avocates de l’UJFP, Damia Taharraoui et Marion Lafouge, assument pleinement la dimension politique de leur action. Elles soulignent que « la période de prévention remonte à janvier 2024, à un moment où personne ne voulait entendre parler de génocide », démontrant une stratégie anticipée. Leur satisfaction devant cette « avancée historique dans la lutte contre l’impunité » révèle l’objectif : faire de la justice française le tribunal du conflit israélo-palestinien.

En 2021, la justice belge avait relaxé des militants BDS poursuivis pour appel au boycott d’Israël, considérant leur action comme relevant de la liberté d’expression. Six ans plus tard, la France emprunte le chemin inverse : elle criminalise des opinions politiques en les qualifiant de complicité de génocide. Un virage judiciaire sans équivalent en Europe.

Le problème n’est pas que ces militantes aient bloqué des convois — action contestable qui relève éventuellement de l’entrave à l’aide humanitaire. Le problème est la qualification retenue : complicité de génocide. Cette accusation suppose trois éléments : l’existence d’un génocide principal, une contribution matérielle à ce génocide, et la connaissance de l’intention génocidaire.

Or aucun tribunal n’a établi l’existence d’un génocide à Gaza. La Cour internationale de justice a reconnu en janvier 2024 un « risque plausible », pas un génocide avéré. La Cour pénale internationale a émis en novembre 2024 des mandats d’arrêt contre Netanyahou et Gallant pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre — pas pour génocide. Faire reposer une accusation de complicité sur un crime dont l’existence n’est pas établie constitue une extension dangereuse du droit.

Le détournement que personne ne veut voir

Les accusées affirment avoir agi pour dénoncer le détournement de l’aide humanitaire par le Hamas. Cette justification est balayée par l’accusation comme une « ligne de défense dangereuse ». Pourtant, les preuves de ce détournement existent.

L’armée israélienne documente depuis des mois que 25 % de l’aide distribuée à Gaza serait détournée par le Hamas ou revendue aux civils. L’ONU elle-même reconnaît ne pas pouvoir vérifier individuellement l’identité des bénéficiaires de l’aide. Un employé de l’UNRWA interrogé par RTBF admet l’existence de pillages massifs, qu’il attribue à des civils désespérés par la famine.

L’enquête de l’agence américaine USAID, révélée en juillet 2025 par Reuters, est souvent citée pour contredire la thèse du détournement. Mais que dit réellement ce rapport ? Qu’après examen de 156 incidents de vol ou perte de fournitures entre octobre 2023 et mai 2025, « aucun rapport n’allègue que le Hamas a bénéficié de l’aide américaine ». Nuance cruciale : l’étude précise qu’elle ne peut vérifier l’identité des bénéficiaires individuels et conclut que « le fait qu’aucun détournement généralisé n’ait été identifié ne signifie pas qu’il n’y a pas eu de détournement du tout ».

« En tant qu’organisation juive, l’UJFP refuse toute tentative du gouvernement israélien de faire porter sur l’ensemble des Juifs dans le monde la responsabilité de sa politique. »

Communiqué de l’Union juive française pour la paix

Cette déclaration de principe masque mal la réalité : l’UJFP ne refuse pas que les Juifs portent la responsabilité des actes d’Israël — elle exige que la justice française les poursuive pour ces actes, réels ou supposés. La nuance est de taille. Lorsqu’une association se définit par son antisionisme et dépose plainte après plainte contre des Franco-Israéliens, ce n’est plus de la défense des droits de l’homme, c’est de l’activisme judiciaire.

Le silence assourdissant de cette même association sur les crimes du Hamas est révélateur. Aucune plainte pour le massacre du 7 octobre 2023. Aucune plainte pour la prise d’otages. Aucune plainte pour l’utilisation de civils comme boucliers humains. Mais des mandats d’arrêt contre deux femmes qui ont filmé des blocages de camions en affirmant que l’aide profitait aux terroristes.

Cette affaire pose une question de fond : jusqu’où la France est-elle prête à aller dans la judiciarisation du conflit israélo-palestinien ? En acceptant de qualifier de « complicité de génocide » des actes de protestation politique documentés par des vidéos publiques et des posts sur les réseaux sociaux, la justice française franchit une ligne dangereuse. Elle transforme des opinions — contestables, provocatrices, parfois odieuses — en crimes contre l’humanité. Elle criminalise la liberté d’expression au nom d’un génocide dont l’existence n’est pas établie, tout en ignorant les détournements documentés de l’aide par une organisation terrorise.

Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou ne sont pas des figures sympathiques. Leurs déclarations — « aucun civil innocent à Gaza », « cette société est le mal absolu » — révèlent une vision radicale du conflit. Mais entre condamner moralement des propos extrêmes et émettre des mandats d’arrêt pour complicité de génocide, il y a un gouffre que la justice française a choisi de franchir. Ce faisant, elle ne rend pas service au droit international ni à la lutte contre l’impunité. Elle l’instrumentalise au profit d’une cause militante, avec la bénédiction du Parquet national antiterroriste. Un précédent lourd de conséquences pour tous ceux qui, en France, refusent de voir Israël uniquement à travers le prisme de ses accusateurs.

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