Les faits. Le 19 février 2026, depuis New Delhi, Emmanuel Macron a publiquement visé Giorgia Meloni après que la Première ministre italienne a exprimé sur X sa solidarité suite à la mort de Quentin Deranque, 23 ans, agressé mortellement à Lyon par des individus liés à l’ultra-gauche. Macron a déclaré : « Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés. »
L’idée implicite. Macron défendrait la souveraineté française face à l’ingérence d’une dirigeante nationaliste. Un chef d’État protège son pays des commentaires étrangers, rien de plus.
Notre décryptage. Macron ne défend pas la souveraineté nationale. Il défend sa propre image. L’inventaire de ses ingérences passées, du conclave papal à la convocation d’ambassadeurs, révèle un mécanisme précis : la non-ingérence n’est invoquée que lorsque la critique expose un échec régalien. Le problème n’est jamais lui. C’est toujours celui qui ose le dire.
« Je suis toujours frappé de voir que des gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu’on les embête chez eux, sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres. » La phrase est calibrée. Le mépris est méthodique. Macron ne parle pas depuis l’Élysée, il parle depuis New Delhi, à 7 000 kilomètres de Lyon, à 7 000 kilomètres de l’endroit où Quentin Deranque, 23 ans, a été battu à mort le 12 février en marge d’une conférence à Sciences Po. Meloni a écrit un tweet de solidarité. Macron, lui, a trouvé le temps de s’en offusquer entre deux sessions sur l’intelligence artificielle.
Le Palazzo Chigi a répondu par l’« étonnement ». C’est un euphémisme diplomatique. La réalité est plus crue : un président à 18 % de confiance reproche à une homologue européenne d’avoir exprimé de la compassion pour un jeune Français mort. Le réflexe n’est pas régalien. Il est défensif.
L’homme qui voulait choisir le pape
La mémoire diplomatique est courte. Celle des archives, moins. En mai 2025, après la mort du pape François, Macron a organisé un dîner à l’ambassade de France à Rome avec quatre cardinaux français électeurs du conclave. La presse italienne n’a pas eu besoin d’inventer le scandale. « Macron veut même choisir le pape », titrait La Verità. « Interventionnisme digne d’un Roi-Soleil moderne », ajoutait Il Tempo. Le Palazzo Chigi avait alors parlé d’ingérence. Macron n’avait pas démenti. Il n’avait pas non plus suggéré à l’Italie de « rester chez elle ».
Remontons. En décembre 2021, Macron se rend à Budapest et qualifie Viktor Orbán d’« adversaire politique » sur son propre sol. Il critique les lois hongroises, commente la politique intérieure d’un État souverain, membre de l’Union européenne. Personne à l’Élysée ne parle alors de moutons à garder chez soi.
En septembre 2022, Meloni remporte les élections italiennes. La réaction française est immédiate. Laurence Boone, alors secrétaire d’État aux affaires européennes, prévient que la France sera « attentive » au « respect des droits » en Italie. Meloni y voit « une menace inacceptable d’ingérence contre un État souverain ». Ce sont ses mots exacts. Trois ans et demi plus tard, Macron utilise contre elle le principe qu’elle invoquait contre lui.
En août 2025, quand l’ambassadeur américain Kushner a critiqué la politique française, Macron l’a convoqué au Quai d’Orsay pour « ingérence dans les affaires intérieures ». C’est Macron lui-même qui a formulé et institutionnalisé le principe de non-ingérence qu’il viole systématiquement à l’étranger.
Le schéma est limpide. Quand Macron commente, c’est de la diplomatie. Quand on le commente, c’est de l’ingérence. La souveraineté n’est pas un principe. C’est un bouclier à usage personnel.
Le narcissisme comme doctrine diplomatique
Il y a une constante dans ces épisodes qui dépasse la simple hypocrisie. Macron n’invoque jamais la non-ingérence quand la critique vient de l’intérieur, quand les sondages chutent, quand la rue gronde. Il l’invoque quand un regard extérieur pointe un échec qu’il ne peut pas cadrer. Meloni n’a pas critiqué la politique migratoire française. Elle n’a pas commenté une réforme ou un choix budgétaire. Elle a exprimé sa tristesse face à la mort d’un jeune homme de 23 ans, tué en pleine rue par des individus dont trois sont liés à un député de la majorité parlementaire de la France insoumise. Ce que Macron ne supporte pas, ce n’est pas le commentaire. C’est le miroir.
« Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés. »
Emmanuel Macron, conférence de presse, New Delhi, 19 février 2026
Les moutons, justement. Regardons les chiffres. Le baromètre CEVIPOF/Sciences Po du 16 février 2026 place Macron à 18 % de confiance, avec un score de satisfaction de 2,4 sur 10, record historique. YouGov/HuffPost mesure 16 % d’opinions favorables. Meloni, elle, atteint 3,9 sur 10 au même baromètre. Ce n’est pas un triomphe, mais c’est 62 % de plus que Macron sur la même échelle. Le berger qui prétend garder les moutons a perdu le troupeau depuis longtemps.
Le mécanisme est celui du narcissisme politique à l’état pur. Le problème n’est jamais la faillite de l’État à assurer sa mission régalienne. Le problème n’est jamais qu’un étudiant de 23 ans soit mort dans la rue, que onze personnes aient été interpellées, que trois d’entre elles gravitent dans l’orbite d’un député en exercice. Le problème, c’est Meloni. Le problème, c’est le tweet. Le problème, c’est l’autre. Toujours.
Il existe un mot pour les dirigeants qui refusent la critique externe tout en se l’autorisant partout : on ne dit pas « souverainiste ». On dit « intouchable ». Macron a passé neuf ans à commenter, conseiller, admonester les gouvernements étrangers. Il l’a fait au Vatican, à Budapest, à Rome, à Washington. Chaque fois au nom de la France, des valeurs, de l’Europe. Quand Meloni écrit trois lignes de compassion pour un jeune mort, c’est la ligne rouge. La seule souveraineté que Macron protège est celle de son récit personnel.
Depuis New Delhi, il a demandé « que chacun reste chez soi ». On ne saurait mieux formuler le programme : que personne ne regarde, que personne ne dise rien, et surtout, que personne ne compte les morts.



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