Parcours de Sarah Knafo
Naissance aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Famille juive séfarade d’origine algéro-marocaine. Père homme d’affaires, mère hypnothérapeute. Elle grandit en banlieue, pas dans le 7e arrondissement.
Cours de théâtre chez Jean-Laurent Cochet, formateur légendaire de la scène française. Ce passage, rarement cité, explique une chose : sa présence physique en meeting et en plateau ne doit rien au hasard.
Entrée à Sciences Po Paris. Elle rejoint l’UNI et co-fonde « Critique de la raison européenne », association souverainiste. À 20 ans, elle a déjà une ossature idéologique. En 2016, elle confie à Alexandre Devecchio : « Je suis de confession juive, mais je me sens de culture chrétienne. Chez moi, Charles Péguy est aussi important que la Torah. »
Intègre l’ENA, promotion Molière. Stage à l’ambassade de France en Libye sur les routes migratoires, puis à la DGEF du ministère de l’Intérieur où elle rédige un guide pratique sur les procédures d’expulsion. La haute fonction publique ne l’a pas formatée. Elle s’en est servie.
Co-organise la Convention de la droite avec Jacques de Guillebon, directeur de L’Incorrect. Le nom « Reconquête » était dans son esprit avant le parti. En parallèle, elle réunit chez elle, dans son appartement du Quartier latin, Zemmour, Dupont-Aignan, Marion Maréchal et Wauquiez pour explorer une candidature présidentielle. Elle a 26 ans.
Magistrate à la Cour des comptes, affectée à la brigade de contrôle des comptes annuels de l’Élysée. Pendant le Covid, volontaire en préfecture de Seine-Saint-Denis, elle reçoit la médaille d’honneur pour acte de courage et dévouement. Elle enseigne aussi à Sciences Po et en prépa ENA.
Directrice stratégique de la campagne présidentielle Zemmour. Reconquête obtient 7,07%. Quand Marion Maréchal, Jérôme Rivière et Guillaume Peltier quittent le navire en 2024, Knafo reste. La fidélité, dans ce milieu, est un luxe que seuls ceux qui n’ont besoin de personne peuvent se permettre.
Élue au Parlement européen, vice-présidente du groupe Europe des Nations Souveraines. Désignée rapporteure sur la souveraineté technologique en décembre, une première pour son groupe. Le cordon sanitaire craque.
Candidature à la mairie de Paris annoncée le 7 janvier sur TF1. Slogan : « Une ville heureuse ». Cinq axes, dix milliards d’économies, doublement de la police municipale armée. Les sondages la placent entre 10% et 13%. Record d’audience CNews : 892 000 téléspectateurs le 16 février.
L’architecte d’une droite qui pense
Le piège serait de réduire Sarah Knafo à sa relation avec Éric Zemmour ou à la case « extrême droite » dans laquelle ses adversaires voudraient la ranger. Son parcours intellectuel dit autre chose. Ses mentors sont Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de Jospin, qui la décrit comme « très cultivée, avec un culot d’enfer », Jean-Pierre Chevènement, Régis Debray, Alain Finkielkraut. Son premier guide en politique fut Henri Guaino, ancienne plume de Sarkozy. Son modèle implicite, Marie-France Garaud, éminence grise de Pompidou puis de Chirac. En 2024, elle passe par le Claremont Institute, think tank conservateur californien. Gauche souverainiste, droite gaulliste, conservatisme américain : le logiciel n’est pas binaire.
Au Parlement européen, la méthode prend une dimension continentale. Désignée rapporteure sur la souveraineté technologique, Sarah Knafo brise un cordon sanitaire que les groupes souverainistes subissent depuis des décennies. Son rapport, « Plus de sécurité, moins de règles », est réécrit par la majorité pro-européenne (426 voix contre 180), mais adopté à son nom en janvier 2026. La victoire est symbolique, et c’est précisément ce qui compte : elle a forcé l’institution à la reconnaître. En décembre 2025, son discours contre « l’idéologie verte » devient viral. À Strasbourg comme à Paris, la même recette : un dossier maîtrisé, une conviction affirmée, et des adversaires qui découvrent qu’ignorer quelqu’un ne suffit pas à le faire disparaître.
Ce que Knafo pense ne tient pas dans une étiquette. Son conservatisme est libéral en économie, régalien en sécurité, souverainiste sur la technologie et l’immigration, culturel dans son rapport à la nation. Elle a cofondé Alexandre & Aristote, association de diffusion culturelle dont le nom emprunte à de Gaulle, et Parents Vigilants, réseau de 75 000 membres contre l’endoctrinement scolaire. Pour Paris, elle propose des référendums locaux pour tout projet dépassant dix millions d’euros. Ce n’est pas un positionnement marketing. C’est une architecture intellectuelle, et ses adversaires n’ont pas encore trouvé comment la faire tenir dans leurs grilles de lecture.
Ce qui distingue Sarah Knafo de la plupart des responsables politiques de sa génération, c’est que ses convictions ne sortent pas d’une note de cabinet mais d’une décennie d’engagement. Elle ne récite pas des éléments de langage sur la souveraineté, elle a cofondé une association souverainiste à 20 ans, rédigé des notes sur les flux migratoires à l’ambassade de Libye, contrôlé les comptes de l’Élysée. La théorie et la pratique ne sont pas séparées. Les polémiques de campagne, le passe Navigo, les accusations d’être « hors-sol », font sourire quand on les met en regard de ce CV. Le décalage entre la violence des attaques et la minceur de leur contenu est, en soi, un indicateur : on ne reproche rien sur le fond parce qu’il n’y a rien à reprocher sur le fond.
La candidature parisienne est une étape, pas une fin. Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée, propose une primaire « de Darmanin à Knafo » pour 2027. Marine Le Pen serait convaincue qu’elle sera candidate à la présidentielle. Les sondages Elabe lui donnent 6,5%, contre 4,5% pour Zemmour. La question de 2027 ne la fait pas fuir, elle la fait sourire : « Étonnante, cette question ! » On notera qu’elle ne ferme aucune porte. Son conservatisme libéral, structuré et argumenté, est plus acceptable pour la droite modérée que le style Zemmour. La droite française cherche un langage qui allie fermeté régalienne et crédibilité institutionnelle. Knafo parle cette langue couramment, et c’est précisément ce qui rend ses adversaires nerveux.
À retenir
- Un parcours qui neutralise les caricatures. Seine-Saint-Denis, pas Neuilly. ENA, pas par relation. Cour des comptes, pas cabinet de conseil. Médaille du Covid, pas tribune depuis un salon. Chaque ligne du CV de Sarah Knafo court-circuite le réflexe de classe qui sert habituellement à disqualifier les candidats de droite. Ses adversaires n’attaquent pas son programme parce qu’ils n’ont pas trouvé par où entrer.
- Une filiation intellectuelle hors-norme. Védrine, Chevènement, Debray, Guaino, Finkielkraut, le Claremont Institute : la carte des influences de Knafo traverse les clivages partisans et les continents. Cette transversalité n’est pas de l’opportunisme. C’est le signe d’une pensée qui se construit par la lecture, pas par le positionnement. En politique française, où la plupart des responsables puisent leurs idées dans les notes de leurs collaborateurs, c’est devenu un avantage concurrentiel.
- La question que personne ne pose. À 32 ans, Sarah Knafo a déjà coché plus de cases institutionnelles que la plupart des ministres en exercice. Elle a construit un parti, siégé à la Cour des comptes, fait adopter un rapport au Parlement européen contre le vote de la majorité, et lancé une campagne municipale qui perce dans la capitale. Le vrai sujet n’est pas de savoir si elle est prête. C’est de savoir si le système politique français est prêt pour quelqu’un qui n’a besoin ni de ses réseaux, ni de ses codes, ni de sa permission.


