Les faits. Quentin, 23 ans, étudiant en mathématiques et membre du collectif Némésis, est décédé le 14 février 2026 des suites d’un traumatisme crânien. Il avait été agressé deux jours plus tôt par une dizaine de personnes en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Le parquet a ouvert une enquête pour coups mortels aggravés. Le collectif Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs l’assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, cofondateur de la Jeune Garde, dissoute en juin 2025.
L’idée implicite. Un fait divers tragique, une rixe entre militants comme il en existe depuis toujours, un contexte lyonnais de tensions réciproques entre extrême droite et extrême gauche.
Notre décryptage. La mort de Quentin n’est pas un dérapage isolé. Elle est le produit d’une chaîne organique qui relie un groupe violent officiellement dissous, un député qui l’a fondé, un assistant parlementaire soupçonné d’y participer encore, et un parti qui, face au cadavre, choisit le whataboutism. Ce n’est pas un accident. C’est une structure.
La Jeune Garde a été dissoute par décret le 12 juin 2025. Bruno Retailleau avait signé le texte en invoquant les actes violents du groupe. Huit mois plus tard, un jeune homme de 23 ans meurt sous les coups de personnes que ses proches identifient comme des membres de ce même groupe. Le paradoxe tient en une phrase : on dissout un mouvement sur le papier, on enterre ses victimes dans la réalité.
L’affaire dépasse le fait divers. Elle pose une question politique précise : comment un parti représenté à l’Assemblée nationale peut-il entretenir des liens aussi étroits avec la violence de rue sans que cela ne suscite autre chose que des condamnations de façade ?
Le fil Arnault-Jeune Garde-LFI : une violence qui remonte jusqu’à l’hémicycle
Raphaël Arnault cofonde la Jeune Garde en janvier 2018, à Lyon. Le mouvement se revendique antifasciste. Dans les faits, il accumule les épisodes de violence suffisamment graves pour justifier, sept ans plus tard, un décret de dissolution. Arnault lui-même est fiché S et a été condamné pour violences volontaires en réunion. En 2024, il est élu député de la première circonscription du Vaucluse sous l’étiquette LFI. Un homme condamné pour violence politique accède au Parlement. Le parcours, à lui seul, dit quelque chose de la tolérance de La France insoumise envers la brutalité militante.
Mais le dossier ne s’arrête pas au député. Selon le collectif Némésis, l’un des agresseurs de Quentin serait Jacques-Élie Favrot, assistant parlementaire d’Arnault et décrit comme membre actif de la Jeune Garde. Favrot figure dans les registres officiels de l’Assemblée nationale. L’allégation n’est pas confirmée par l’enquête à ce stade, et la présomption d’innocence s’applique pleinement. Mais le simple fait qu’un collaborateur parlementaire d’un député de la République puisse être soupçonné de participer à une agression mortelle en dit long sur la porosité entre un parti politique et la violence de rue.
La chaîne est limpide. Arnault fonde un groupe violent. Arnault devient député LFI. Son assistant est soupçonné d’avoir participé à l’agression qui a tué Quentin. Le groupe dissous continue d’opérer. Et LFI emploie, rémunère et protège des individus issus de ce milieu. Ce ne sont pas des connexions accidentelles. C’est un réseau.
Le précédent. En Grèce, la condamnation en 2020 de l’organisation néonazie Aube dorée, dont des députés étaient directement impliqués dans des violences de rue, avait établi un principe clair : quand des élus entretiennent des liens organiques avec des groupes violents, la responsabilité politique ne peut plus se cacher derrière des condamnations verbales. La justice grecque avait qualifié Aube dorée d’organisation criminelle, malgré sa représentation parlementaire.
Le groupe contestait encore cette dissolution devant le Conseil d’État le 11 février 2026, soit la veille de l’agression, avec le soutien de la Ligue des droits de l’homme et du Gisti. La mesure apparaît pour ce qu’elle est : un acte administratif sans effet opérationnel. On interdit un sigle. Les hommes, eux, restent en place, conservent leurs réseaux et, comme dans d’autres domaines, l’État prononce des décisions qu’il est incapable de faire appliquer.
Face à un mort de 23 ans, LFI choisit le whataboutism
La réaction de La France insoumise face à la mort de Quentin mérite une lecture attentive. Rima Hassan, dont la conférence était le cadre de l’agression, a condamné fermement les faits et précisé que le service d’ordre de LFI n’a jamais recours à la violence. Une condamnation de principe, nécessaire, mais qui évacue soigneusement la question des liens entre le parti et les agresseurs présumés.
« C’est terrible. Mais c’était un militant identitaire d’extrême droite. L’extrême droite devrait balayer devant sa porte. »
— Éric Coquerel, député LFI, à propos de la mort de Quentin
Les mots d’Éric Coquerel méritent d’être décortiqués. « C’est terrible » : trois syllabes de compassion obligatoire. Puis, immédiatement, le retournement : la victime était un militant identitaire, l’extrême droite est aussi violente, le contexte lyonnais est marqué par des « ratonnades d’extrême droite ». Le mécanisme est classique. On commence par concéder l’émotion, puis on déplace la responsabilité. C’est la définition du whataboutism : face à un fait précis, on invoque un autre fait pour diluer la culpabilité. Un homme de 23 ans est mort sous les coups. La question n’est pas de savoir si d’autres violences existent par ailleurs. La question est de savoir pourquoi l’entourage direct d’un député LFI est soupçonné d’y avoir participé.
Ce réflexe n’est pas propre à Coquerel. Il est systémique à LFI. Chaque fois que la violence d’ultra-gauche produit une victime, la même séquence se répète : condamnation formelle, relativisation immédiate, inversion de la charge. On ne nie pas les faits. On les noie. Et pendant ce temps, la question structurelle reste sans réponse : pourquoi un parti qui siège à l’Assemblée nationale tolère-t-il dans ses rangs des individus liés à un groupe dissous pour violence ?
Emmanuel Macron a dénoncé un « déferlement de violence inédit ». Marine Le Pen a demandé que les milices d’ultra-gauche soient traitées comme des groupes terroristes. La famille de Quentin a appelé au calme tout en dénonçant un crime. Mais au-delà des réactions, c’est l’angle mort qui frappe. La violence politique d’extrême droite, réelle et documentée, fait l’objet d’une surveillance constante, de dissolutions, de couvertures médiatiques extensives. La violence d’ultra-gauche bénéficie d’une forme d’indulgence structurelle, comme si frapper au nom de l’antifascisme était moins grave que frapper au nom du nationalisme. Un mort est un mort. Quentin avait 23 ans, étudiait les mathématiques, chantait dans une chorale paroissiale. Il n’avait aucun antécédent judiciaire. Sa mort exige autre chose qu’un haussement d’épaules assorti d’un « l’extrême droite aussi ».



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