Budget 2026 : la France choisit la faillite à tempérament

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Balance déséquilibrée illustrant la crise budgétaire française avec pièces en euros et documents
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Les faits. Après quatre mois de débats chaotiques et trois recours au 49.3, le budget 2026 a été adopté début février 2025. Déficit maintenu à 5% du PIB (153 milliards d’euros), dette à 118,2%, et 9 milliards d’euros de dépenses supplémentaires ajoutées pendant les négociations.

L’idée implicite. La France peut continuer à dépenser sans se réformer, en comptant sur la bienveillance éternelle des marchés et de Bruxelles.

Notre décryptage. Ce budget n’est pas un plan de redressement mais un exercice de déni collectif. En refusant toute réforme structurelle et en augmentant la dépense publique en pleine crise, la classe politique fait le choix conscient de la faillite à tempérament — et les générations futures paieront l’addition.

Quatre mois de débats. Trois recours au 49.3. Des dizaines de nuits blanches à l’Assemblée. Pour accoucher de quoi ? D’un budget qui maintient le déficit à 5% du PIB, laisse filer la dette à 118,2%, et qui a même réussi l’exploit d’ajouter 9 milliards d’euros de dépenses supplémentaires pendant les négociations parlementaires. Bienvenue dans le budget 2026, adopté début février 2025, chef-d’œuvre de lâcheté politique et de déni économique.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence totale de cohérence entre le diagnostic — que tout le monde partage — et le traitement. La France est en déficit depuis 1975. Sa dette publique atteint 118,2% du PIB. Les agences de notation la dégradent. Bruxelles menace de sanctions. Les économistes alertent sur l’insoutenabilité de la trajectoire. Et que fait le gouvernement ? Il maintient le cap, ajoute des dépenses, et compte sur la croissance miracle de 1,1% pour sauver les apparences.

Le budget 2026 n’est pas un accident. C’est le résultat logique d’un système politique où personne n’a intérêt à dire la vérité. La gauche réclame plus de dépenses sociales. La droite refuse de toucher aux niches fiscales. Le centre temporise. Et pendant ce temps, la charge de la dette explose : elle deviendra le premier poste budgétaire en 2027, dépassant l’Éducation nationale. Autrement dit, dans deux ans, l’État français dépensera plus pour rémunérer ses créanciers que pour former ses enfants.

Le mensonge des « efforts équilibrés »

Le discours officiel parle d’« efforts équilibrés » entre hausses d’impôts et réduction des dépenses. La réalité est plus brutale : zéro réforme structurelle, une pression fiscale record sur les entreprises, et des « économies » qui relèvent de l’ajustement comptable plutôt que de la transformation du modèle.

Les 9 milliards d’euros de dépenses supplémentaires ajoutés pendant les négociations parlementaires illustrent parfaitement cette fuite en avant. Chaque groupe politique a obtenu son « geste » : un dispositif pour les agriculteurs ici, une rallonge pour les collectivités locales là, un maintien de tel ou tel crédit d’impôt ailleurs. Résultat : un budget adopté sous la contrainte du 49.3, mais qui satisfait tout le monde — sauf les contribuables de demain.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : faire payer les générations futures pour notre refus de responsabilité aujourd’hui. La dette n’est pas un concept abstrait. C’est une créance. Et toute créance doit être remboursée. En maintenant le déficit à 5% du PIB, la France emprunte 153 milliards d’euros cette année — soit 2 200 euros par Français, nourrissons compris. Ces 2 200 euros ne sont pas un cadeau. Ce sont des impôts futurs, ou des services publics futurs en moins, ou de l’inflation future. Rien ne se perd, tout se paie.

Le Royaume-Uni a vécu exactement ce scénario dans les années 1970. Incapable de réformer son État-providence vieillissant, le pays a multiplié les budgets déficitaires « de transition ». En 1976, la livre s’effondre et Londres doit faire appel au FMI. Le plan de sauvetage impose des coupes drastiques dans les dépenses publiques — exactement ce que le gouvernement refusait de faire volontairement. Margaret Thatcher arrive au pouvoir en 1979 avec un mandat clair : remettre de l’ordre. Quarante-cinq ans plus tard, la France emprunte la même trajectoire, en espérant un résultat différent.

Les marchés ne sont pas dupes

Le gouvernement mise sur une prévision de déficit à 5% du PIB pour 2026. Moody’s, agence de notation, table plutôt sur 5,2%. Deux dixièmes de différence, dira-t-on. Sauf que ces deux dixièmes représentent 6 milliards d’euros — l’équivalent du budget de la Justice. Et ils révèlent surtout que les marchés ne croient plus aux promesses françaises.

L’écart entre les taux français et allemands se creuse. Le spread, qui mesure la prime de risque que les investisseurs exigent pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, atteint des niveaux jamais vus depuis la crise de l’euro. Ce n’est pas un détail technique. C’est le signal que la France perd sa crédibilité budgétaire. Et quand un État perd sa crédibilité, il perd sa souveraineté : tôt ou tard, ce sont les créanciers qui dictent leur loi.

Bruxelles, de son côté, observe avec une patience qui s’épuise. La procédure pour déficit excessif plane. Les nouvelles règles budgétaires européennes imposent une trajectoire de retour à 3% sur sept ans. La France promet, recule, temporise. Mais les règles sont claires : soit Paris se réforme volontairement, soit les sanctions tombent. Or les sanctions — gel de fonds européens, amendes — ne feraient qu’aggraver la situation budgétaire. Cercle vicieux garanti.

« Ce budget marque un tournant vers un redressement responsable des finances publiques. »

Éric Lombard, ministre de l’Économie

Un « tournant » vers le redressement ? Avec un déficit maintenu à 5%, une dette qui file vers 120% du PIB en 2027, et 9 milliards de dépenses supplémentaires votées en plein débat parlementaire ? Il faut redéfinir le mot « tournant ». Ce que le ministre de l’Économie appelle « responsabilité », c’est en réalité la stratégie du pompier pyromane : on éteint le feu médiatique avec des annonces, tout en ajoutant discrètement de l’essence sur les braises.

La vraie responsabilité aurait été de s’attaquer aux racines du mal : un État obèse qui dépense 58% du PIB, des régimes spéciaux de retraite que personne n’ose toucher, un millefeuille territorial qui coûte une fortune, des niches fiscales qui survivent par pure clientélisme. Mais réformer, c’est fâcher. Et fâcher, c’est risquer de perdre les prochaines élections. Alors on achète la paix sociale à crédit, en espérant que la facture n’arrivera qu’après notre mandat.

Le budget 2026 pose une question de fond qui dépasse l’exercice comptable annuel : à quel moment un pays s’autorise-t-il à regarder la réalité en face ? La France peut-elle continuer indéfiniment à vivre au-dessus de ses moyens, en pariant sur la bienveillance éternelle de ses créanciers ? Ou arrive-t-il un point de bascule où la faillite morale — celle qui consiste à léguer consciemment ses dettes à ses enfants — se transforme en faillite comptable ?

En 2027, l’État français dépensera plus pour ses créanciers que pour éduquer ses citoyens. Ce renversement symbolique marque la fin d’un cycle : celui où la France pouvait encore prétendre maîtriser son destin. Après, ce seront les marchés qui décideront. Et les marchés, contrairement aux électeurs, ne se contentent pas de promesses.

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