Les faits. L’économie française a crû de 0,9% en 2025, son plus faible niveau depuis 2020. L’Espagne, elle, affiche 2,8% — trois fois plus — avec des dépenses publiques à 45% du PIB contre 57% en France, et un déficit à 2,8% contre 5,4%.
L’idée implicite. Un État providence massif garantirait la prospérité et protégerait de la conjoncture internationale. Plus de dépenses publiques produiraient plus de croissance.
Notre décryptage. La comparaison franco-espagnole invalide frontalement ce narratif. L’État français le plus lourd de l’OCDE (57% du PIB) produit une stagnation économique. L’Espagne démontre qu’un cadre plus libéral génère une croissance supérieure tout en permettant des politiques sociales généreuses.
0,9%. C’est le taux de croissance dont se félicite le ministre de l’Économie Roland Lescure, soulignant qu’il dépasse l’objectif initial de 0,7%. Cette autosatisfaction révèle à quel point la France a normalisé la médiocrité économique. Car ce 0,9% représente la croissance annuelle la plus faible depuis 2020 — hors année COVID — et marque un ralentissement continu : 1,6% en 2023, 1,1% en 2024, 0,9% en 2025.
Pendant ce temps, l’Espagne enregistre 2,8% de croissance. Exactement trois fois plus. Cette divergence n’est pas conjoncturelle. Elle révèle deux modèles économiques aux antipodes, et un verdict empirique sans appel.
Le poids qui écrase
La France détient un record peu enviable : celui des dépenses publiques les plus élevées de l’OCDE. 57% du PIB, devant même le Danemark. L’Espagne, elle, se situe à 45%. Douze points d’écart — soit environ 300 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires en France.
Cette différence ne se limite pas aux chiffres budgétaires. Elle se traduit par une fiscalité écrasante : 51,4% de prélèvements obligatoires en France contre 39,6% en moyenne OCDE. Par un marché du travail parmi les plus rigides d’Europe, avec un Code du travail labyrinthique. Par un taux de chômage à 7,7%, supérieur à la moyenne européenne de 6%, quand l’Allemagne est à 3,8% et l’Italie à 5,7%.
Et pourtant, malgré ce déploiement de moyens publics sans équivalent, la France stagne. L’OCDE le formule avec une politesse diplomatique dans son étude 2024 : “La fiscalité est l’une des plus lourdes de la zone OCDE, ce qui freine la compétitivité et la croissance potentielle.” Traduction : l’État français étouffe l’économie qu’il prétend protéger.
L’Espagne n’a pas toujours été ce “moteur de la zone euro”. En 2012-2013, elle sortait d’une crise immobilière dévastatrice, avec un chômage à 26% et un déficit public abyssal. C’est précisément en engageant des réformes structurelles — assouplissement du marché du travail, consolidation budgétaire rigoureuse — que Madrid a inversé la tendance. En cinq ans, le déficit est passé de 6,7% à 2,8%. Cette discipline a créé des marges pour des politiques sociales ciblées : le salaire minimum a bondi de 61% depuis 2018, l’âge de départ à la retraite a été relevé à 67 ans sans blocage politique majeur. Le pragmatisme espagnol contraste avec l’immobilisme français.
L’alibi des circonstances exceptionnelles
Face à ces chiffres, le gouvernement français invoque les “turbulences politiques”, les tensions géopolitiques, la menace des tarifs douaniers de Trump. L’OFCE estime que l’incertitude politique aurait amputé le PIB de 0,5 point sur 2024-2025. Soit.
Mais comment expliquer alors que l’Espagne, qui a elle-même traversé trois années sans loi de finances entre 2023 et 2025, affiche une croissance trois fois supérieure ? Comment justifier que l’impact potentiel des tarifs Trump soit théoriquement plus faible sur la France (1,7% du PIB exposé aux USA) que sur la moyenne européenne (2,8%) ? Comment ignorer que la performance française est structurellement médiocre depuis 2012, bien avant ces facteurs conjoncturels ?
La réalité est plus simple et plus brutale : la France souffre d’un problème de compétitivité fondamental, lié au poids écrasant de l’État. Avec 57% de dépenses publiques — dont 35% consacrés aux seuls transferts sociaux — et une dette à 113% du PIB, l’économie française porte un boulet que ses voisins ont eu le courage d’alléger.
“Cette loi est une avancée majeure pour la protection de nos enfants.”
Roland Lescure, ministre de l’Économie, commentant le résultat de 0,9% de croissance
Se féliciter d’un 0,9% quand c’est la croissance la plus faible depuis 2020 illustre parfaitement la normalisation de l’échec. Le budget 2026, qui maintient le déficit à 5,4% et continue de miser sur la dépense publique comme levier de croissance, prolonge cette logique contre-productive. La trajectoire budgétaire promise — retour sous 3% de déficit en 2029 — apparaît aussi crédible que les précédentes, régulièrement reportées depuis quinze ans.
L’économiste Alban Magro résume la différence entre Paris et Madrid en une formule limpide : “L’Espagne peut augmenter son salaire minimum parce qu’elle a d’abord assaini ses finances. La France promet d’abord et cherche ensuite comment financer.” Voilà toute la question : la gauche française se revendique du “modèle Sánchez” sans voir — ou sans vouloir voir — que les fondamentaux économiques espagnols sont nettement plus libéraux que les français. Le prétendu “miracle socialiste espagnol” repose sur un État à 45% du PIB, un déficit maîtrisé, des réformes du marché du travail. Pas vraiment le programme de La France Insoumise.
La comparaison franco-espagnole constitue une expérience économique quasi-contrôlée : deux pays de taille comparable, dans la même zone monétaire, exposés aux mêmes chocs externes. L’un choisit le pragmatisme libéral, l’autre persiste dans le dirigisme keynésien. Le verdict est sans appel. Reste à savoir combien de trimestres à 0,9% il faudra encore pour que la France admette l’évidence : on ne crée pas de la prospérité en empilant les dépenses publiques. On la détruit.




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